Vos données personnelles : ce fichier caché que Google et Facebook détiennent sur vous
C'est un refrain que nous connaissons tous par cœur. Face aux inquiétudes sur la vie privée, la réponse fuse souvent : "De toute façon, je n'ai rien à me reprocher".
Pourtant, si vous aviez la possibilité de lire, page par page, l'intégralité de vos faits et gestes de la dernière décennie, vous changeriez sans doute d'avis. Ce livre existe, et il est stocké sur des serveurs en Californie.
Ce dossier n'est pas de la science-fiction. Il s'agit de votre "double numérique", une compilation vertigineuse d'informations que vous avez, souvent sans le savoir, accepté de partager. Si les réglementations se sont durcies ces dernières années, les volumes de données collectées restent colossaux. Il est temps de soulever le capot.
Votre vie pèse-t-elle plus de 50 Go ?
Le premier choc est souvent volumétrique. Lorsque des utilisateurs curieux décident d'enfin accéder à mon double numérique chez les GAFA via les outils de transparence, ils se retrouvent face à des fichiers compressés pesant parfois plusieurs dizaines de gigaoctets. La démarche est pourtant simple : il suffit de télécharger mes données personnelles de Google Takeout. Selon les forums d'entraide, il n'est pas rare d'y découvrir des archives dépassant les 50 Go.
Que contiennent-elles ? Un véritable miroir numérique : des recherches que vous pensiez oubliées, des commandes passées il y a dix ans, et parfois même des enregistrements vocaux capturés par votre assistant intelligent. Comme le rappelait le Meta Investor Report l'an dernier, 97 % des revenus de Meta proviennent toujours de l'exploitation publicitaire de ces données. Vous n'êtes pas le client, vous êtes la matière première.
Avez-vous perdu vos souvenirs de voyage ?
Parmi les géants du web, Google a opéré un virage technique majeur dont on mesure aujourd'hui les conséquences. Souvenez-vous de la panique l'an dernier : les notifications pressantes incitaient les utilisateurs à supprimer historique des positions Google Maps avant juin 2025 du cloud pour le migrer vers un stockage local sur smartphone.
Ceux qui ont ignoré cette échéance ont vu leurs années de trajets archivés disparaître des serveurs. Pour les autres, l'historique est désormais stocké sur leur appareil, mais cela n'empêche pas Google de continuer à collecter des données de localisation si vous n'avez pas désactivé l'option. C'est une course contre la montre permanente entre votre confort d'utilisation et votre confidentialité.
Facebook vous suit-il encore à la trace ?
Si Google est le maître de la cartographie, Meta (Facebook, Instagram) reste le roi du pistage comportemental. Beaucoup ignorent qu'il est possible de voir ce que Facebook sait de moi hors de l'application, et le résultat est souvent déconcertant. Le réseau social ne se contente pas de regarder ce que vous "likez" sur sa plateforme.
Grâce à des mouchards invisibles appelés "Pixels", installés sur près de 30 % des sites web les plus populaires selon l'ONG The Markup, Meta note quand vous visitez un site de vêtements ou lisez un article de presse. C'est ce qui permet de créer des "profils fantômes" d'une précision redoutable, même si vous n'êtes pas connecté à votre compte à ce moment-là.
Du côté du leader du e-commerce, la logique est similaire mais tournée vers la consommation pure. En allant dans les paramètres pour demander mon historique complet d'achat Amazon France, on réalise que l'entreprise ne stocke pas seulement vos factures. Elle analyse vos listes d'envies et, via les enceintes Alexa, des segments de vie domestique pour prédire vos besoins avant même que vous ne les formuliez.
Comment faire le grand ménage ?
Heureusement, nous bénéficions toujours de l'impact du RGPD sur la collecte des données privées, qui oblige ces entreprises à fournir des outils de contrôle. Une fois vos archives récupérées et analysées, l'étape suivante est le nettoyage.
Ne comptez pas sur votre mémoire pour effacer votre historique tous les mois. La meilleure solution reste de paramétrer la suppression automatique des données Google. Dans les commandes relatives à l'activité, vous pouvez exiger que vos données de localisation et de recherche s'autodétruisent après 3 ou 18 mois. Une option simple qui transforme une mémoire d'éléphant en une amnésie salutaire.