Faux salaires, vraies victimes : comment un réseau a volé 9 millions à la Sécu
Cette affaire d'ampleur, révélée ce mardi, illustre la sophistication croissante des réseaux de délinquance financière qui minent le financement de la protection sociale. En exploitant la précarité de milliers de travailleurs, les escrocs ont mis en place un système complexe pour blanchir des sommes considérables au détriment de la collectivité et des droits individuels.
Un coup de filet majeur de la gendarmerie
L'opération a été menée tambour battant par l'Office central de lutte contre le travail illégal (OCLTI), service spécialisé de la Gendarmerie nationale. Selon les informations communiquées par Gendinfo ce 4 février 2026, les enquêteurs ont mis fin aux agissements d'une bande organisée responsable d'un préjudice estimé à plus de 8,9 millions d'euros de charges sociales non acquittées auprès de l'Urssaf.
Le 27 janvier dernier, une série d'interpellations a eu lieu simultanément dans l'Oise, le Var et les Bouches-du-Rhône. Au total, sept personnes ont été placées en garde à vue. À l'issue de ces auditions, quatre suspects ont été mis en examen, et l'un d'eux a été placé en détention provisoire.
Le démantèlement de ce réseau d'escroquerie par l'OCLTI, chiffré à 9 millions d'euros, s'est également soldé par la saisie de près de 400 000 euros d'avoirs criminels, incluant des biens immobiliers, des véhicules de luxe et du numéraire, ainsi que plusieurs armes.
Une mécanique bien huilée de fausses sociétés
L'enquête a débuté grâce à la vigilance de plusieurs victimes. Tout est parti de salariés qui, en s'adressant à la Caisse d'allocations familiales (CAF), ont découvert avec stupeur qu'ils n'étaient pas déclarés malgré leur activité. Les investigations ont mis au jour un vaste système de fraude aux cotisations sociales via fausse agence d'intérim.
Le mode opératoire était redoutable : des sociétés de travail temporaire, dont une structure identifiée à Amiens, simulaient l'embauche de près de 2 000 salariés, principalement dans les secteurs en tension du bâtiment (BTP) et de la restauration.
Les escrocs fournissaient la déclaration de faux bulletins de salaire par l'agence d'intérim pour justifier les prestations auprès des entreprises clientes, encaissaient les factures, mais ne reversaient aucun centime à l'Urssaf.
Cette double escroquerie permettait le détournement des cotisations patronales et salariales, les fonds étant ensuite blanchis pour financer le train de vie fastueux des organisateurs et des acquisitions immobilières.
Des droits sociaux perdus et des entreprises exposées
Les retombées de cette fraude sont désastreuses pour les travailleurs impliqués. Pour les 2 000 victimes recensées, les conséquences de la fraude Urssaf pour le salarié sont immédiates : absence de cotisation pour la retraite, droits au chômage tronqués et difficultés d'accès aux prestations de l'assurance maladie.
Beaucoup se demandent désormais comment vérifier leur déclaration de travail en intérim pour éviter de telles déconvenues à l'avenir.
L'affaire souligne également les risques pour l'entreprise cliente de fausse agence d'intérim. Les sociétés ayant eu recours à ces prestataires, souvent alléchées par des tarifs anormalement bas, s'exposent à une responsabilité solidaire financière et pénale pour travail dissimulé. Face à ces dérives, l'Urssaf intensifie sa riposte.
À titre d'exemple, l'organisme rappelle avoir effectué pour 800 millions d'euros de redressements rien qu'en Île-de-France sur l'année 2025, marquant sa détermination à assainir le marché du travail.