"On ne dort plus la nuit": la vie des salariés d'Heineken France entre l'ombre de Schiltigheim et l'incertitude du plan mondial

Publié par Pierre-Antoine Martel
le 11/02/2026
HEINEKEN
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Le géant de la bière Heineken a annoncé ce mardi la suppression de 5 000 à 6 000 emplois dans le monde d'ici 2028, plongeant les équipes françaises dans l'angoisse.

Cette nouvelle restructuration massive intervient alors que le climat social est déjà électrique dans l'Hexagone. Entre la fermeture programmée de la brasserie alsacienne de Schiltigheim et des grèves récentes, les 3 500 collaborateurs français craignent une "double peine".

Une annonce brutale et floue

Le couperet est tombé ce 11 février. La direction mondiale d'Heineken a officialisé son intention de supprimer entre 5 000 et 6 000 postes d'ici 2028, ce qui représente près de 10 % de ses effectifs globaux. Dans son communiqué, le brasseur néerlandais justifie cette décision par des "conditions de marché difficiles" et la nécessité d'un programme de "rationalisation des coûts" pour maintenir sa compétitivité face à l'inflation et la baisse des volumes.

L'inquiétude est d'autant plus forte que la direction reste muette sur la répartition géographique de ces coupes. Les syndicats français redoutent que les 3 500 salariés tricolores paient un lourd tribut. Un représentant syndical résume l'ambiance délétère chez nos confrères de la presse régionale : "On ne dort plus la nuit".

Un climat social déjà explosif

Ce plan mondial vient percuter une situation déjà traumatique : la fermeture programmée de la brasserie de l'Espérance à Schiltigheim (Bas-Rhin). Actée pour début 2026, cette décision menace environ 220 emplois. Alors que le Plan de Sauvegarde de l'Emploi (PSE) est en cours, le syndicat FO Alsace redoute une "double peine" : ce nouveau plan pourrait compliquer les reclassements ou durcir les conditions de départ.

La tension est palpable sur l'ensemble du territoire. Le site de Marseille (La Valentine) a connu fin 2024 des mouvements de grève liés aux salaires. Désormais, les regards se tournent aussi vers le siège social à Rueil-Malmaison. Selon les observateurs économiques, les fonctions supports (RH, marketing, finance) sont souvent les premières visées lors des restructurations globales. Outre les usines de Mons-en-Barœul et de Marseille, c'est toute la chaîne logistique qui retient son souffle.

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Transparence et garanties exigées

Face au flou artistique, les représentants du personnel montent au créneau. Les Comités Sociaux et Économiques (CSE) exigent de connaître au plus vite le périmètre exact des suppressions en France. La question centrale est de savoir comment l'effort sera réparti entre la production et les services administratifs.

Si des licenciements s'avèrent inévitables, la bataille se jouera sur les conditions du Plan de Sauvegarde de l'Emploi (PSE), notamment le montant des indemnités supra-légales et les aides à la reconversion. La pression syndicale vise à privilégier un Plan de Départs Volontaires (PDV) pour éviter les départs contraints. Pour les salariés inquiets, il est recommandé de se rapprocher immédiatement des élus du personnel et de se renseigner sur la Gestion des Emplois et des Parcours Professionnels (GEPP) pour anticiper toute évolution, interne ou externe.

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