Les skieurs inconscients ? 6 morts en un week-end dans les Alpes
C'est un bilan particulièrement lourd qui vient endeuiller les massifs alpins. Alors que la neige fraîche tombée en abondance promettait des conditions de rêve aux amateurs de glisse, la montagne s'est révélée impitoyable. Ce nouvel épisode tragique nous pousse à analyser les causes des avalanches de ce week-end des 10 et 11 janvier 2026 et à rappeler les précautions vitales pour tous les pratiquants.
Une succession de drames en Savoie et Haute-Savoie
Au total, six skieurs sont décédés après avoir été emportés par des coulées de neige en hors-piste. La série noire a débuté samedi 10 janvier avec deux victimes dans le secteur de la Vallée perdue à Val-d'Isère et un décès à Arêches-Beaufort. Le lendemain, dimanche, la situation ne s'est pas améliorée avec trois nouveaux décès à Courchevel, La Plagne et Vallorcine.
À La Plagne, les secours ont dû déployer des moyens colossaux pour retrouver un skieur britannique d'une cinquantaine d'années, enseveli sous 2,5 mètres de neige après 50 minutes de recherche, rapporte Le Parisien. Ces drames surviennent alors que Météo-France avait clairement annoncé un risque d'avalanche fort sur Val-d'Isère, Courchevel et l'ensemble des massifs de la Vanoise et de la Haute-Tarentaise.
Neige fraîche et vent : le cocktail explosif
Pour comprendre pourquoi la montagne est si dangereuse actuellement, il faut regarder sous la surface. Les chutes de neige récentes, apportant jusqu'à 1 mètre de neige fraîche au-dessus de 2 000 mètres, ont été accompagnées de vents violents. Selon les experts, cela a créé des plaques de neige dures reposant sur un manteau de poudreuse instable, caractérisé par une sous-couche fragile persistante.
Cette structure répond malheureusement à la définition de l'indice 4 sur 5 d'avalanche : le manteau est si faiblement stabilisé qu'une "faible surcharge", c'est-à-dire le passage d'un seul skieur, suffit à déclencher la rupture. Comme l'explique un expert au Parisien, s'aventurer en hors-piste dans ces conditions équivaut à "jouer à la roulette russe avec 5 balles dans le barillet."
De l'inconscience de la part des skieurs ?
Malheureusement pour les victimes le ski hors-piste n'est pas interdit. En revanche, le commandant Corentin Hassmann, commandant du peloton de gendarmerie de haute montagne (PGHM) de la Savoie, précis à nos confrères : "Dès qu’il y a une avalanche sur un domaine skiable, on ouvre une enquête, même s’il n’y a pas victimes. On cherche des éléments qui permettent de matérialiser une négligence, une imprudence, une maladresse ou encore le non-respect d’un arrêté ou d’une obligation de sécurité."
Autrement dit, une une investigation est menée pour savoir si un skieur a pu déclencher l'avalanche et peut en être responsable. Stéphane Bornet, directeur de l’Association nationale pour l’étude de la neige et des avalanches (ANENA), explique : "Si les stations sécurisent les pistes de son domaine, elles ne peuvent pas le faire sur toutes les zones dites hors pistes. Quand un secteur est fermé au public, la station n’est pas tenue de sécuriser la zone." Le skieur est alors responsable de sont sort, mais aussi de celui des autres.
Quid de la responsabilité pénale ?
"On peut penser que ces skieurs n’engagent que leur responsabilité en allant en dehors des espaces sécurisés, mais ça peut avoir des conséquences sur d’autres personnes", affirme Corentin Hassmann. S'ils déclenchent une avalanche, "des poursuites peuvent être engagées par le procureur pour des atteintes involontaires, mais aussi sur la mise en danger d’autrui."
Maître Grégory Mollion, avocat au barreau de Grenoble, indique au quotidien : "Ça peut être de la négligence, mais ça peut aussi être une faute caractérisée si le skieur avait connaissance du risque ou de l’interdiction, et qu’il y est allé quand même." Le Parisien rappelle que : "L’article 223-1 du Code pénal prévoit un an d’emprisonnement et 15 000 euros d’amende pour mise en danger de la vie d’autrui, 2 ans d’emprisonnement et 30 000 euros d’amende pour blessures involontaires et ces sanctions peuvent monter jusqu’à 3 ans d’emprisonnement et 45 000 euros d’amende en cas d’homicide involontaire."
Ne jamais sortir sans le trio de sécurité
Face à un tel niveau de danger, il est crucial de savoir que faire en cas de risque d'avalanche. La première règle est le renoncement : rester sur les pistes balisées et sécurisées est la seule garantie absolue. Si vous décidez malgré tout de sortir des jalons, vous ne devez jamais le faire sans l'équipement obligatoire pour le ski hors-piste : le DVA (Détecteur de Victime d'Avalanche), la pelle et la sonde.
Certaines victimes de ce week-end n'étaient pas équipées de DVA, ce qui réduit drastiquement les chances de survie en allongeant le temps de recherche. Pour comprendre comment éviter les avalanches en hors-piste, la consultation minutieuse du Bulletin d'Estimation du Risque d'Avalanche (BRA) est impérative avant chaque sortie. Étienne Roland, commandant du PGHM de Chamonix, a rappelé l'instabilité extrême du manteau neigeux actuel : la prudence et l'humilité doivent dicter chacune de vos décisions en montagne.
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