Laits infantiles contaminés : 24 familles déposent plainte contre l’État et les industriels
L'affaire des laits infantiles prend une nouvelle tournure judiciaire. Le dossier s'est considérablement épaissi ce mardi 10 février. Vingt-quatre familles, réunies au sein du collectif Intox’Alim, ont saisi le tribunal judiciaire de Paris contre l’État et des industriels majeurs comme Nestlé, Danone ou Lactalis.
Ces parents accusent les fabricants et les pouvoirs publics de plusieurs délits graves. La plainte vise notamment la "mise en danger délibérée", le "maintien de denrées dangereuses", les "blessures involontaires" ainsi que l'"entrave à la manifestation de la vérité".
Cette offensive juridique répond à une crise sanitaire persistante. Des boîtes de lait ont été potentiellement contaminées par la bactérie Bacillus cereus, produisant la toxine céréulide. Celle-ci a provoqué des symptômes inquiétants comme des vomissements, des diarrhées et des infections graves ayant entraîné des hospitalisations chez plusieurs bébés.
Cette procédure s'ajoute à des investigations pénales existantes. Des enquêtes sont déjà ouvertes par les parquets d'Angers et de Bordeaux suite au décès suspect de deux nourrissons.
Des contrôles délégués aux fabricants
Le cœur du problème réside dans la gestion des analyses. Les familles dénoncent une situation où les autorités sanitaires restent passives ou orientent systématiquement les plaignants vers les industriels incriminés pour faire tester les poudres suspectes.
Apolline, une mère dont l'enfant consommait du lait Guigoz, rapporte un échange stupéfiant avec la Direction départementale de la protection des populations des Hauts-de-Seine (DDPP 92). Selon son témoignage à la cellule investigation de Radio France, une responsable lui a indiqué que les tests seraient effectués par Nestlé. L'industriel aurait "gentiment accepté de réaliser les analyses" à la demande des services de l'État.
Cette pratique semble généralisée. D'autres parents ont reçu des courriels de la part de Nestlé réclamant le renvoi des boîtes pour "compléter [ses] investigations". Le géant agroalimentaire invoque une "procédure récemment mise à jour par [son] service qualité".
Pour Maître Nathalie Goutaland, avocate des familles, la situation est anormale. "Nestlé se retrouve à la manœuvre d’une enquête sanitaire qui le concerne directement", s'indigne-t-elle, soulignant que ce conflit d'intérêts est "encouragé par les autorités".
L'absence de moyens publics indépendants
Ce renvoi vers le privé contrevient pourtant aux principes de précaution. L'avocate des plaignants rappelle qu'une instruction technique du ministère de l’Agriculture confie aux DDPP la charge des "investigations alimentaires". Les analyses devraient être réalisées par des laboratoires officiels et indépendants.
Face à ces accusations, le ministère de l’Agriculture a concédé ses limites matérielles. Interrogé sur ce point, il reconnaît ne pas avoir les capacités de mener ces investigations sanitaires. Il précise que "dans le cas présent, les analyses sont effectuées par les exploitants dans des laboratoires dont les performances sont adaptées aux besoins".
Le problème est technique autant que financier. À ce jour, l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) demeure le seul laboratoire public en France apte à détecter et quantifier la toxine céréulide. Ses capacités de traitement restent toutefois restreintes.
L'urgence pour les familles est désormais de sécuriser les preuves. Elles réclament des expertises indépendantes pour établir un lien formel entre le lait et l'état de santé de leurs enfants, avant que les dernières boîtes suspectes ne soient récupérées par les industriels.
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