Démarchage frauduleux : les usurpations de numéros atteignent un niveau record
Vous pensez répondre à votre conseiller bancaire ou à un livreur, mais au bout du fil, un escroc tente de vous soutirer vos coordonnées bancaires. Ce scénario n'a malheureusement rien d'une fiction. Les fraudeurs redoublent d'ingéniosité pour contourner votre vigilance, et les chiffres récents confirment une tendance lourde : nos téléphones sont devenus la cible privilégiée des pirates.
L'explosion du "spoofing", un phénomène multiplié par plus de 30
Le régulateur des télécoms tire la sonnette d'alarme. Le dispositif "J'alerte l'Arcep" a enregistré plus de 70 000 alertes en 2025, marquant une hausse significative de 23% en seulement un an. Plus inquiétant encore, la catégorie regroupant les appels abusifs ou non sollicités a littéralement doublé, affichant une croissance record de 113% par rapport à 2024.
Au cœur de cette flambée, une pratique se détache nettement : l'usurpation de numéro. Les plaintes d'utilisateurs suspectant que leur identité téléphonique a été volée ont dépassé les 19 000 signalements en 2025. La progression est vertigineuse : ce chiffre a été multiplié par plus de 30 entre 2023 et 2025.
Cette technique écrase désormais les autres formes de nuisance. Sur l'ensemble des alertes concernant des appels frauduleux reçues par le régulateur, 83% sont directement liées à l'usurpation de numéros de téléphone.
Le "spoofing", une technique pour gagner la confiance de la victime
Pour mieux se prémunir, il faut comprendre l'attaque. L'usurpation d'identité téléphonique, techniquement appelée "spoofing", permet à un interlocuteur malveillant d'utiliser frauduleusement un numéro de téléphone existant pour se faire passer pour un autre abonné.
Tout repose sur la crédulité de la cible. Le malfrat manipule le réseau pour faire afficher sur votre écran le numéro d'une institution rassurante ou d'une entreprise ayant pignon sur rue, comme une administration publique ou votre propre banque. Ce stratagème met l'interlocuteur en confiance, le rendant beaucoup plus vulnérable aux discours rodés de l'escroquerie.
Le problème persiste malgré les garde-fous. Bien que les opérateurs télécoms disposent des moyens techniques pour vérifier l'authenticité des numéros et qu'ils aient l'obligation d'authentifier les appelants depuis octobre 2024, le volume de signalements ne cesse de grimper, prouvant que les mailles du filet sont encore trop larges.
Les nouvelles mesures de l'Arcep pour renforcer l'authentification
Face à l'urgence, le gendarme des télécoms serre la vis. Depuis octobre 2024, les opérateurs ont l'obligation formelle de s'assurer que les numéros affichés sont authentifiés. Ils doivent impérativement couper les appels imitant un autre numéro de téléphone avant qu'ils n'atteignent votre combiné.
Pour pallier les échecs techniques de cette authentification, une nouvelle règle s'applique. Depuis début décembre 2025, l'Arcep demande aux opérateurs d'afficher les numéros en mention "appel masqué" chez le destinataire dès lors qu'il existe un doute sur leur authenticité. Si le numéro ne peut être certifié, il ne doit plus s'afficher en clair.
Enfin, l'autorité passe à l'offensive contre les acteurs du marché. Une enquête administrative a été ouverte en janvier 2026 visant les quatre grands opérateurs : Orange, Bouygues Telecom, Free et SFR. L'objectif est de vérifier le respect scrupuleux de leurs obligations de lutte contre la fraude et de comprendre l'origine et les modalités d'acheminement de ces appels usurpés.