Arnaque au faux conseiller : elle perd 8 mois de salaire en une soirée

Publié par Matthieu Chauvin
le 20/01/2026
Arnaque au faux colis
Istock
L'escroquerie au faux conseiller bancaire se perfectionne en combinant un simple SMS de livraison et une technique d'usurpation téléphonique redoutable, laissant des victimes comme Harmonie délestées de milliers d'euros en quelques minutes, rapporte TF1.
 

C'est un scénario de cauchemar qui débute souvent par une action banale du quotidien. Vous recevez un message concernant un colis en attente, vous invitant à régler quelques euros pour des frais d'affranchissement. Quelques instants plus tard, votre téléphone sonne : c’est votre banque. Du moins, c’est ce que l’écran de votre smartphone affiche. Cette mécanique bien huilée, mêlant manipulation psychologique et outils technologiques, fait des ravages.

Récemment, Harmonie, une jeune femme préparatrice en pharmacie, qui a témoigné dans une enquête de Sept à Huit Life, sur TF1, en a fait l’amère expérience. En pensant sécuriser ses comptes avec l'aide de son interlocuteur, elle a vu s'envoler plus de 14 000 euros en un claquement de doigts. Comprendre le mode opératoire précis de ces escrocs est aujourd'hui votre meilleure arme pour protéger votre épargne.

Un piège en quatre étapes redoutables

L'attaque est sophistiquée car elle s'appuie sur la confiance. Tout commence généralement par un SMS de livraison, une technique de phishing qui prépare le terrain pour le faux conseiller. Ce message, prétextant un affranchissement manquant de 2,50 euros, permet aux malfaiteurs d'identifier une ligne active et parfois de récupérer de premières données. La deuxième phase est celle de la mise en confiance via le "spoofing" : grâce à un logiciel, les escrocs font apparaître le véritable numéro de votre agence bancaire ou du service fraude sur votre téléphone.

Revenons-en à Harmonie, mère de famille célibataire, qui commande une paire de chaussures sur Internet, comme elle le raconte à nos confrères. Deux semaines plus tard, toujours rien. Mais elle reçoit un texto lui demandant de bien vouloir reprogrammer la livraison. "On me donne un créneau horaire à choisir, je valide et à la fin, on me demande des frais de livraison de 2,50 euros. Donc, je donne mon numéro de carte bleue, mon cryptogramme et la date de validité. Jamais je me suis dit : 'ce matin, j'ai subi une arnaque'." Elle explique ensuite être appelée par un soi-disant service ant-fraude. Se passe alors généralement la chose suivante.

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L'interlocuteur, souvent très calme et professionnel, vous alerte alors d'opérations frauduleuses en cours sur votre compte. Pour les bloquer, il vous incite à installer un logiciel de partage d'écran, outil central de cette fraude bancaire (type AnyDesk ou TeamViewer). C'est le piège absolu : en visualisant votre écran, l'escroc récupère vos identifiants et valide les virements frauduleux en direct, sous vos yeux, tout en vous assurant qu'il s'agit de procédures d'annulation. Il est trop tard.

Une double peine financière pour les victimes

Le réveil est brutal et les conséquences financières souvent catastrophiques, comme dans le cas d'Harmonie : "Il y a eu des locations de voitures, apparemment, qui ont été faites, pour la somme de 4.731 euros, et d'autres dépenses qui ont été faites aussi pour des achats de jeux de consoles. Aujourd'hui, je me sens bête, je me sens stupide d'être tombée dans ce piège." Il s'agit souvent de l'épargne de toute une vie ou de plusieurs mois de salaire qui disparaissent. Mais le calvaire ne s'arrête pas là. Face à ce type de fraude, les établissements bancaires tentent souvent de se dédouaner en invoquant la négligence de leur client.

C'est alors la double peine : la victime de l'arnaque se voit parfois contrainte de souscrire un prêt à taux élevé pour combler son découvert et éviter l'interdit bancaire, alors même qu'elle vient d'être volée. C'est ce qu'a proposé la Caisse d'Epargne à Harmonie, avec un emprunt à 16 500 euros sur 10 ans au taux de 7 %. Elle doit payer près de 6 000 euros d'intérêts en plus de ce qui lui a été dérobé. 

"Elle (la Caisse d'Epargne, Ndlr) ne m'a pas donné le choix parce que sinon je me retrouvais interdit bancaire le mois suivant comme il allait y avoir un prélèvement de 14 200 euros de carte bleue qu'il n'y avait pas sur le compte. C'est la double peine. On me vole 14 000 euros et en plus derrière, on me demande encore de repayer sur ce vol". Harmonie a saisi le médiateur de la Fédération bancaire française, sans résultat. Elle espère, déclare-t-elle dans Sept à Huit Life, récupérer son argent. Mais sa banque ne l'entend pas de cette oreille.

 

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