Procès de Tariq Ramadan pour viols : la justice lance un mandat d’arrêt et va le juger "par défaut"

Publié par Matthieu Chauvin
le 06/03/2026
Tariq Ramadan
abacapress
© Apaydin Alain/ABACA
Nouveau coup de théâtre au procès de Tariq Ramadan à Paris : face à l'absence de l'islamologue, la cour criminelle a ordonné un mandat d'arrêt international et décidé de le juger par défaut.

L'affaire prend une tournure judiciaire retentissante après plusieurs jours d'incertitudes. Alors que l'ouverture des débats, prévue le 2 mars, était suspendue à une féroce bataille d'experts concernant l'état de santé du prédicateur suisse, la justice a finalement décidé de ne plus attendre. Ce refus de repousser l'audience pose les bases d'un procès pénal d'une rare tension, marqué par l'affrontement à distance entre l'accusation et un prévenu absent.

Un mandat d'arrêt et un procès sans accusé

La décision est tombée comme un couperet ce vendredi devant la cour criminelle départementale de Paris. Les magistrats ont fermement rejeté la demande de renvoi formulée par la défense, rapport l'AFP, ordonnant la poursuite immédiate des débats malgré le siège vide du théologien. Selon les observations rapportées par plusieurs médias présents à l'audience, la présidente de la cour, Corinne Goetzmann, a justifié cette intransigeance en déclarant : "Tariq Ramadan sera jugé par défaut [...] il n'a fait valoir aucune excuse valable à l'ouverture de l'audience."

Pour appuyer cette fermeté institutionnelle, la cour a émis un mandat d'arrêt international, expressément assorti d'une "exécution et diffusion immédiate", visant l'intellectuel actuellement retranché sur le territoire helvétique. Face à ce refus catégorique de reporter l'échéance, les avocats de Tariq Ramadan ont choisi de quitter la salle d'audience avec fracas. En pliant leurs dossiers, ils ont dénoncé ouvertement une "parodie de justice", refusant de cautionner ou de participer à un procès criminel mené sans la présence physique de leur client.

Une expertise médicale balayée par l'accusation

Ce basculement de procédure fait directement suite aux conclusions très attendues de deux neurologues expressément mandatés par la justice française. D'après les informations dévoilées lors de l'audience publique, ces spécialistes médicaux ont estimé que la sclérose en plaques dont souffre l'accusé de 63 ans présente une "stabilité" indéniable. Ils ont écarté tout signe de "poussée récente" ou de risque d'accident vasculaire cérébral imminent, déclarant l'homme parfaitement "en état de comparaître" devant ses juges.

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Cette lecture médicale rassurante a largement conforté la position du ministère public. Lors de son réquisitoire, l'avocat général Philippe Courroye a sévèrement fustigé une "dérobade" et un "dernier joker dilatoire." Le représentant du parquet a reproché à l'accusé d'avoir volontairement mis "une frontière et le lac Léman entre la justice française et lui", accusant la défense de vouloir contraindre l'institution judiciaire. Pour rappel, l'ancien prédicateur comparaît pour de graves accusations de viols commis sur trois femmes distinctes entre les années 2009 et 2016.

Jugement à huis clos et menace d'extradition

Malgré le banc définitivement vide de la défense, le procès poursuit son cours normal et se tiendra entièrement à huis clos. Cette disposition protectrice a été formellement réclamée par l'une des victimes plaignantes, connue sous le pseudonyme médiatique de "Christelle", afin de préserver l'intimité des débats, indique une dépêche de l'AFP.

La procédure de jugement par défaut, régie spécifiquement par le Code de procédure pénale en remplacement de l'ancienne contumace, expose désormais l'accusé à de très lourdes sanctions pénales. Sans la moindre possibilité de s'expliquer directement devant la cour, l'islamologue encourt une peine maximale de 20 ans de réclusion criminelle. La diffusion active du mandat d'arrêt soulève d'importantes interrogations juridiques quant à son maintien actuel en Suisse. Les autorités helvétiques devront prochainement statuer sur la légalité d'une éventuelle extradition vers la France, une démarche diplomatique et judiciaire complexe qui déterminera l'exécution d'une probable condamnation future.

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