Tariq Ramadan absent à son procès pour viols à Paris : le parquet général demande un mandat d’arrêt international

Publié par Sarah Martin
le 02/03/2026
Tariq Ramadan absent à son procès pour viols à Paris : le parquet général demande un mandat d’arrêt international
abacapress
Apaydin Alain/ABACA
L’islamologue suisse Tariq Ramadan, poursuivi pour viols par trois femmes, était absent à l’ouverture de son procès ce lundi 2 mars à Paris, invoquant des raisons médicales. Face à cette absence, l’avocat général a requis l’émission d’un mandat d’arrêt international à son encontre.

Ce lundi matin, au tribunal judiciaire de Paris, le box des accusés est resté désespérément vide. Après huit ans d'une instruction complexe, le face-à-face entre l'intellectuel suisse et ses accusatrices devait enfin se tenir. Mais l'audience a pris une tournure inattendue dès les premières minutes, plongeant la salle dans la confusion.

L'absence de Tariq Ramadan, justifiée par des raisons médicales de dernière minute, a immédiatement tendu les débats. Alors que les parties civiles réclament justice depuis 2017, ce faux départ pourrait avoir de lourdes conséquences judiciaires pour l'accusé.

Un box vide et une stupeur générale : l'ouverture manquée du procès

Alors que la presse internationale et les victimes s'étaient pressées à la cour criminelle de Paris, le siège de l'accusé n'a pas été occupé. Ses avocats ont présenté à la cour un certificat médical daté de la veille, faisant état d'une hospitalisation en urgence à Genève pour une "détresse respiratoire"

Face à cette chaise vide, la présence des plaignantes n'en était que plus marquante. Henda Ayari et celle que l'on nomme "Christelle" (un prénom d'emprunt) étaient bien là, prêtes pour cette confrontation après des années d'attente. Comme l'a souligné Me David-Olivier Kaminski, avocat de Henda Ayari, ce moment représente "le courage d’une femme violée avec violence qui a osé porter plainte la première à l’encontre d’un homme puissant".

Pour se protéger de la pression médiatique, l'une des victimes a immédiatement sollicité le huis clos. Ce droit, automatique en matière de viol lorsqu'il est demandé par la partie civile, vise ici à éviter le "harcèlement" et "l'exploitation malveillante" des débats publics.

Décryptage : entre raisons médicales et soupçons de manœuvres dilatoires

Tariq Ramadan, aujourd'hui âgé de 63 ans, souffre d'une sclérose en plaques diagnostiquée depuis plusieurs années. Ses conseils, Mes Nabila Asmane et Ouadie Elhamamouchi, plaident une impossibilité physique absolue de comparaître et demandent le renvoi du procès. Selon eux, l'état de santé de l'islamologue ne permet pas un transfert vers Paris.

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Cette version est vivement contestée. Le ministère public a immédiatement riposté, dénonçant une potentielle violation du contrôle judiciaire. Pour l'accusation, cette hospitalisation inopinée à la veille du jour J ressemble à une tentative désespérée d'"échapper à la justice française" après avoir épuisé tous les autres recours de procédure.

Il faut rappeler que l'enjeu est colossal. Tariq Ramadan doit répondre de viols commis entre 2009 et 2016. Les faits reprochés sont décrits par l'accusation comme des actes "d'une grande brutalité", impliquant une domination physique et psychologique sur les victimes. Il encourt jusqu'à 20 ans de réclusion criminelle.

Vers un mandat d'arrêt international 

Si la cour estime que cette absence n'est pas médicalement justifiée, la sanction pourrait être immédiate. La justice française a la possibilité d'émettre un mandat d'arrêt international. Cet acte transformerait radicalement la situation : il permettrait l'arrestation de l'islamologue en Suisse et son extradition forcée vers la France pour qu'il soit jugé.

Avant d'en arriver là, la cour devrait logiquement ordonner une contre-expertise médicale indépendante. Des médecins mandatés par la justice seront chargés de vérifier, en Suisse, si l'état de santé de l'accusé est réellement incompatible avec sa présence dans le box.

Pour les parties civiles, ce procès dépasse le cas individuel. Selon Me Sarah Mauger-Poliak, avocate d'une plaignante, il s'agit de "l'histoire tristement ordinaire du viol de trois femmes sous emprise". Une condamnation en France viendrait s'ajouter à un casier judiciaire déjà ouvert : Tariq Ramadan a été définitivement condamné en août 2024 par la justice suisse à trois ans de prison (dont un an ferme) pour viol et contrainte sexuelle.

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