Arnaques aux faux placements : 500 millions d’euros dérobés, comment protéger votre épargne ?
Les autorités tirent la sonnette d'alarme face à une sophistication inédite des fraudeurs qui n'hésitent plus à usurper l'identité de grandes banques ou de l'AMF elle-même. Alors que les crypto-actifs et les faux livrets se multiplient, il faut comprendre les mécanismes de ces réseaux pour sécuriser votre capital avant qu'il ne soit trop tard.
Adam (dont le prénom a été changé), qui a témoigné au Parisien, en est l'exemple : "Je ne fais plus confiance à personne à cause de ces escrocs, c’est terrible." Père de trois enfants, il a perdu une fortune alors qu'il était en plein divorce... "J’avais 120 000 euros de côté et j’espérais faire fructifier rapidement mon capital pour financer les voyages et l’achat d’une maison."
Un butin colossal pour les escrocs
Le constat est glaçant pour les ménages. Selon les estimations du Parquet de Paris et du ministère de l'Economie, le montant global dérobé aux victimes s'élève désormais à au moins 500 millions d’euros par an. Une somme considérable qui illustre l'augmentation des arnaques aux faux placements financiers en France, touchant toutes les catégories socio-professionnelles. Fin novembre 2024, le préjudice moyen d'une escroquerie financière en France déclaré à l'AMF atteignait le montant vertigineux de 29 000 euros.
Ce fléau ne cesse de croître : la proportion de Français victimes de tentatives d'arnaques a pratiquement triplé en trois ans, passant de 1,2 % en 2021 à 3,2 % en 2024. Face à cette menace, la vigilance est votre meilleur atout, car une fois l'argent transféré, les recours sont souvent complexes.
Des stratégies de plus en plus sophistiquées
Surfant sur le web, Adam remarque la publicité d'un site de placements, "Traton Finn', poursuivent nos confrères : "Il me paraissait très sérieux, j’ai donc laissé mes coordonnées. J’ai reçu l’appel d’un trader qui m’a dit que l’entreprise était cotée en Bourse, basée à Londres, qu’ils avaient des analystes experts… Il avait une voix très douce, ça m’a rassuré, j’étais en confiance." Il investit de petits montants, et ça marche.
Puis c'est l'escalade : "Le trader m’appelait quasiment tous les deux jours en me demandant d’augmenter ma mise." L’escroc le rappelle pour un coup à ne pas manquer. "Il me disait qu’Apple sortait son dernier iPhone et qu’il fallait très vite investir dans les actions car elles allaient exploser. J’ai payé 15 000 euros, qu’on m’a demandé de déposer sur un compte en cryptomonnaie." En 10 jours, il gagne 8 000 euros. "Je pensais avoir fait l’affaire du siècle ! Le type m’appelait tous les jours en me disant que, dans quelques jours, j’aurais laissé échapper une occasion en or…"
Quand le piège se referme définitivement
Le Parisien en arrive au moment où le piège se referme pour Adam. A nouveau sollicité de façon très crédible alors que son compte à grimpé à 99 000 euros pour une somme investie de 58 000 euros, il préfère s'arrêter là. "Je n’avais de toute façon plus d’argent. Le trader l’a très mal pris, me disant que je n’étais pas à la hauteur, que je n’avais aucune ambition, que je ne pourrai jamais acheter ma maison [...] Quand j’ai voulu tout arrêter et rapatrier mon argent, ils m’ont demandé une photocopie de ma carte d’identité et le code de sécurité de ma carte bancaire, pour accélérer le versement, poursuit Adam. C’est à ce moment-là que j’ai compris que c’était une arnaque et que je ne reverrais pas mon argent."
L'agent magique n'existe pas !
Mais malheureusement, alors que cette arnaque était déjà bien en place, Adam s'est laissé tenter par une seconde, grisé par ses gains. Comme le rapportent nos confrères, il contacte une autre banque, Indosuez, célèbre banque privée. Sauf que le site sur lequel il va se connecter est un "site miroir", une copie parfaite de l’original. L’adresse correcte était indosuez.fr, celle qui l'a attiré était indosuez-ca.fr. "Évidemment, je n’ai pas fait attention à ce détail, soupire-t-il. Là où les escrocs sont forts, c’est qu’ils ont aussi usurpé le nom des gens qui y travaillent.''
Adam raconte : "Il y avait un côté argent magique, quand je vois que tous mes placements rapportent autant. Donc forcément, on est moins méfiant. Quand le faux trader m’appelait, le nom d’Indosuez apparaissait sur mon téléphone, son vocabulaire était très technique et il avait vraiment l’air de connaître son métier." L'arnaque va encore plus loin. Il doit effectuer deux versements en liquide. "Une jeune femme est venue chez moi, déposée par une grande berline noire qu’elle désignait comme le chauffeur de la banque, c’était impressionnant. En fait, il s’agissait d’un simple Uber."
Il finit par s'apercevoir que son dernier versement n'a pas été pris en compte. Il tente sa change en contactant le siège de la véritable banque Indosuez voulant parler à son interlocuteur : "On me passe sa secrétaire. Je lui explique la raison de mon appel. Et là, elle me dit que la banque ne me connaît pas. Je ne voulais pas le croire. C’est lorsque je suis retourné sur le site et qu’il était devenu inaccessible que j’ai compris."
Sécuriser votre capital face à la menace
Avant tout virement, le réflexe absolu doit être la vérification de l'interlocuteur sur le site AMF Protect Épargne. C'est le seul rempart fiable. Si malgré tout, le piège s'est refermé, vous vous demandez sans doute que faire après une arnaque au placement en ligne. La première étape est de cesser tout contact et de faire opposition bancaire immédiate pour tenter de bloquer les fonds.
Ensuite, constituez un dossier de preuves solide (captures d'écrans, mails, relevés téléphoniques). Il est impératif de signaler la fraude en ligne sur la plateforme THESEE, dédiée aux e-escroqueries, ou de déposer plainte en gendarmerie. Pour être accompagné dans ces démarches difficiles, l'association France Victimes est joignable gratuitement au 116 006.