L'incroyable arnaque au "faux Jean Reno" : un Lyonnais a perdu 350 000 euros

Publié par Matthieu Chauvin
le 13/03/2026
Jean Reno
abacapress
© Behar Anthony/SPUS/ABACA
Un ingénieur lyonnais a perdu 350 000 euros sur plusieurs années après avoir été piégé par un "faux Jean Reno" vantant une plateforme de trading boursier. Il n'est pas certain de récupérer un jour même une petite partie de son argent.

L'escroquerie sophistiquée mêle technologie et manipulation psychologique, illustrant les récents dangers de la cybercriminalité. Selon les données conjointes de l'AMF et de l'ACPR, les fraudes aux faux investissements ont engendré une perte de plus de 600 millions d'euros pour les épargnants français sur les deux dernières années. Ce dossier soulève l'épineuse question du devoir de vigilance des établissements financiers lors de virements inhabituels.

Un homme "normal" à la recherche d'une épargne de qualité

Tout commence en 2022 lorsque Pascal, un ingénieur de 50 ans résidant à Lyon et qui vivait au Canada jusqu'en 2019, rapporte Le Progrès, a une idée en tête : acheter une maison pour ses beaux-parent. Mais aussi épargner intelligemment et maintenant, lui conseille son comptable. Il visionne une publicité sur Facebook. La séquence met en scène Jean Reno, expliquant comment il s'enrichit grâce à une plateforme de trading miracle. "Je l’ai toujours apprécié. Ça a capté mon attention" révèle-t-il à propose de l'acteur. Il s'agit en réalité d'un deepfake, une imitation numérique bluffante. "Notre but, ce n’était pas d’être millionnaires, juste d’être bien en famille."

Des faux conseillers aux techniques redoutables

Attiré par la crédibilité apparente du montage télévisé, le quinquagénaire verse de premiers petits montants pour tester le système. Pascal explique au quotidien régional, qu'on lui propose d'abord d'investir 250 dollars en cryptomonnaies : "Je me suis dit "on va voir ce que ça donne." Très vite, un conseiller répondant au nom de Laurent Bernaud le contacte par téléphone. "Franchement, il m’a impressionné avec sa connaissance des marchés."

La technique des escrocs est redoutable. L'ingénieur poursuit son récit auprès de nos confrères. "Le conseiller qui m'a vendu tout ça, il s'appelait Laurent, c'était devenu presque un ami. On parlait de nos enfants, de se voir une fois quand je serais de passage dans le Gard pour se faire un barbecue et fêter la réussite de nos investissements." Rassuré par de faux retours positifs ("Je me disais : enfin, j’ai trouvé quelqu’un qui va m’aider"), il transfère ensuite la totalité de l'héritage de ses parents ainsi que l'intégralité des économies familiales.

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Un préjudice de près de 350 000 euros

En effet, le compte de Pascal affiche alors  500 000 euros ! Il décide alors d'en retirer une partie. Son conseiller prétexte une opération urgent pour retarder sa demande. Intrigué, l'ingénieur contacte la véritable plateforme de trading, c'est le coup de massue. On lui explique que ces fonds n'ont aucune légitimité. "Elle m’a dit : les blockchains derrière sont vides. Il n’y a rien. Vous êtes en train de vous faire escroquer."

"À ce moment-là, j’ai senti le sol se dérober sous mes pieds", raconte-t-il au Progrès. "J’ai compris que j’avais mis toutes les économies de ma famille dans quelque chose qui n’existait pas [...] Tu vois ta femme, tes enfants… et tu te dis : qu’est-ce que je viens de faire ? [...] J’étais complètement démoli." Le bilan final s'avère désastreux. En l'espace de quelques mois, près de 350 000 euros, réellement "investis" disparaissent. La famille doit hypothéquer sa maison et s'installer dans un petit appartement. "On est quatre avec une seule chambre. Les enfants dorment dans le salon. Ce n’est pas cette vie que je voulais leur offrir. Ce que j'avais envie de faire à ce moment-là, c'était me pendre." 

Pourra-t-il un jour récupérer son argent ?

Pascal a porté plainte auprès du procureur de la République et fait appel à un cabinet d'avocats spécialisés, Ziegler & associés. Mais, selon ces derniers, il y a "peu de chance de récupérer l'argent par la voie pénale contre les escrocs qui seront difficiles à retrouver." L'ingénieur lui pointe la responsabilité de sa banque. "J’ai débloqué des sommes très importantes, d’un coup. Personne ne m’a appelé pour me demander si c’était normal." D'après lui, son conseiller aurait dû tirer la sonnette d'alarme. "On nous parle sans cesse de lutte contre le blanchiment et les fraudes. Là, personne ne s’est inquiété."

Mais nos collègues ont pu consulter une note sur une décharge figurant sur son contrat : "Nous attirons votre attention sur les risques liés à de telles opérations. Il n'y a pas de garantie de recevoir les gains avancés ni même de récupérer le capital d'origine [...] Les placements peuvent se révéler être des escroqueries."

Ses avocats attaquent la banque

Selon eux, cette "décharge" est insuffisante pour figer la situation et un litige est en cours. "Le client est un néophyte du milieu financier, la banque, elle, est professionnelle. Elle a un devoir de vigilance dont elle ne peut se soustraire par une simple décharge qui tient sur quelques lignes quand ils suspectent un acte malveillant." Un conseiller en gestion de patrimoine, interrogé par Le Progrès, va dans ce sens.

Charles Boillet, du cabinet Rhetores, affirme que cette affaire est "exceptionnelle" : "Les arnaques sur la cryptomonnaie sont récurrentes, mais rarement avec un aussi gros montant. Je n’avais jamais vu ça." Espérons que cela aide Pascal à récupérer son dû.

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