20ème anniversaire du drame : la ville de Bagneux rend hommage à Ilan Halimi ce jeudi 12 février

Publié par Pierre-Antoine Martel
le 12/02/2026
Ilan Halimi
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Ce vendredi 13 février marque le vingtième anniversaire de la mort tragique d'Ilan Halimi, victime du « Gang des barbares », un drame commémoré solennellement par la ville de Bagneux où il fut séquestré.

Il y a vingt ans, la France découvrait avec effroi le martyre d’Ilan Halimi, jeune vendeur de téléphones de 23 ans, séquestré, torturé et assassiné parce qu’il était juif. Deux décennies plus tard, alors que la lutte contre l’antisémitisme demeure une préoccupation majeure, la ville de Bagneux (Hauts-de-Seine), où il vivait, organise ce jeudi 12 février une double cérémonie en sa mémoire.

Au-delà du souvenir, cette commémoration entend transmettre aux jeunes générations l’histoire de ce drame, devenu l’un des symboles les plus marquants de l’antisémitisme en France au XXIe siècle.

Un double hommage à Bagneux

La municipalité de Bagneux a souhaité marquer ce vingtième anniversaire par un devoir de mémoire actif. Le premier temps fort se tiendra à 18h30 au jardin Ilan-Halimi, inauguré en son honneur. Un hommage officiel y sera rendu, dans un moment de recueillement solennel.

La commémoration se poursuivra à 19h30 au théâtre Victor-Hugo. Cette seconde séquence donnera une place importante à l’expression artistique et à la transmission mémorielle. Plusieurs classes de primaire et de collège participeront à la soirée à travers des chants, des lectures de textes et des prestations musicales. En associant la jeunesse locale, les organisateurs entendent faire de cet hommage une véritable leçon d’histoire et de vigilance citoyenne.

Un enlèvement prémédité sur fond de haine antisémite

Le 20 janvier 2006, Ilan Halimi est attiré dans un guet-apens par une jeune femme surnommée « Yalda », rencontrée alors qu’il travaillait dans une boutique de téléphonie boulevard Voltaire à Paris. Recrutée pour séduire « un juif », elle sert d’appât au groupe criminel qui se fait appeler le « Gang des barbares ».

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Après un rendez-vous à la porte d’Orléans, puis un déplacement vers Sceaux, trois hommes cagoulés surgissent et enlèvent le jeune homme. Il est conduit à Bagneux, dans un appartement inoccupé situé au 1, rue Sergueï-Prokoviev, où il sera séquestré durant vingt-quatre jours.

Les ravisseurs, menés par Youssouf Fofana, se fixent pour objectif d’extorquer 450.000 euros à sa famille. Leur motivation repose sur des préjugés antisémites explicites : persuadés qu’« un juif, c’est riche » et que « les juifs sont solidaires entre eux et ils paieront », ils justifient ainsi leur entreprise criminelle.

Une photo d’Ilan Halimi, bâillonné, est envoyée à ses parents depuis un cybercafé d’Arcueil. Malgré l’ouverture rapide d’une enquête par la brigade criminelle, les sévices se poursuivent. Le jeune homme subit des actes de torture répétés, des violences physiques et psychologiques, ainsi qu’une privation de nourriture.

Trois semaines de supplices et une issue tragique

Au fil des jours, certains membres du groupe prennent leurs distances face à la cruauté des sévices infligés. Youssouf Fofana, qui voyage un temps en Côte d’Ivoire tout en dirigeant les opérations, finit par relâcher son otage après trois semaines de détention.

Mais cette « libération » est en réalité une mise à mort. Après avoir été rasé, nettoyé pour effacer les traces d’ADN, puis transporté dans le coffre d’un véhicule, Ilan Halimi est abandonné près d’une voie du RER C à Sainte-Geneviève-des-Bois, dans l’Essonne. Grièvement blessé et brûlé, il est retrouvé agonisant et succombe à ses blessures durant son transfert à l’hôpital.

L’autopsie conclura qu’aucun coup n’a été individuellement fatal, mais que la mort résulte de l’ensemble des tortures subies, aggravées par la sous-nutrition et le froid.

Un procès éprouvant pour la famille

Quelques jours après la découverte du corps, Youssouf Fofana est arrêté en Côte d’Ivoire avant d’être extradé vers la France. Le procès du « Gang des barbares » s’ouvre le 29 avril 2009. Vingt-neuf personnes comparaissent.

Youssouf Fofana est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité, assortie d’une période de sûreté de vingt-deux ans. Ses complices, dont Samir Aït Abdelmalek et Jean-Christophe Soubou, écopent de peines allant jusqu’à dix-huit ans de prison, la circonstance aggravante d’antisémitisme étant retenue.

Les audiences, longues de plus de deux mois, constituent une épreuve supplémentaire pour la famille Halimi, confrontée à l’attitude parfois provocatrice ou injurieuse de certains accusés.

Une mémoire pour lutter contre l’oubli

Ilan Halimi a été inhumé à Jérusalem. Sur sa pierre tombale figure cette inscription :
« Ilan Jacques Halimi, torturé et assassiné en France parce qu’il était juif à l’âge de 23 ans. »

Sa sœur, Yaël Halimi, avait expliqué ce choix par la volonté de s’assurer que « personne ne puisse salir sa tombe ».

Vingt ans après, la cérémonie organisée à Bagneux s’inscrit dans une volonté de transmission. Chaque année, des hommages sont rendus à Ilan Halimi à travers la France. Arbres plantés en sa mémoire, plaques commémoratives, rassemblements citoyens : ces gestes symboliques rappellent que la condamnation judiciaire ne suffit pas à effacer la menace de la haine.

En impliquant les nouvelles générations, la ville de Bagneux entend transformer le souvenir en engagement. Car préserver la mémoire d’Ilan Halimi, c’est aussi rappeler la nécessité d’une vigilance constante face à l’antisémitisme et à toutes les formes de racisme.

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