Retraite : le modèle suisse, un exemple ?IllustrationIstock
La réforme des retraites inquiète beaucoup. Si le système français possède quelques failles, serait-il possible de s'inspirer des modèles voisins ? Zoom sur le système de retraite suisse.
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La réforme des retraites occupe l’esprit de nombreux Français. Dans la sphère politique les avis divergent mais la majorité tient à sa réforme et prévoit de la passer avant l’été. Mais au-delà des frontières de l’Hexagone, d’autres systèmes de retraite existent et certains spécialistes soutiennent qu’ils pourraient être une bonne alternative à celui en vigueur en France.

C’est notamment le cas pour le modèle suisse. Dans ce pays, l’âge légal de départ à la retraite est de 64 ans pour les femmes et de 65 ans pour les hommes. A titre de comparaison, cette limite est fixée, pour le moment, à 62 ans en France. Mais elle pourrait bien passer à 65 ans dans les prochains mois si la réforme est adoptée.

Le système de retraite suisse est organisé en trois piliers. Le premier est l’Assurance Vieillesse et Survivants (AVS), dit régime de retraite public.

Système de retraite suisse : l’Assurance Vieillesse et Survivants

C’est l’équivalent de la Sécurité sociale française, c’est-à-dire de la CNAV ou de l’Assurance retraite.L’AVS concerne les salariés ainsi que les travailleurs indépendants.

"A l’âge légal, les cotisations donnent lieu au versement d’une rente vieillesse (rente ordinaire) dès lors qu’il y a eu 1 an de cotisations versées. D’autres rentes existent : rente par anticipation, rente pour enfant de moins 25 ans (si formation).", explique Jean-François Chauffeté, fondateur et dirigeant d’Expertise Optimisation Retraite.

En Suisse, le montant minimal d’une pension de retraite est de 1 195 CHF (environ 1 208 euros) et le maximum est quant à lui de 2 390 CHF (soit environ 2 416 euros). En France, l’Allocation de solidarité aux personnes âgées s’élève au minimum à 953 euros et au maximum à 1 850 euros.

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En cas de décès de son conjoint, une rente de survivant est servie à celui toujours en vie, sous certaines conditions. La France propose également une aide similaire. Cependant, la Suisse verse également une rente à un enfant ayant perdu un de ses parents où les deux, et ce jusqu’à 25 ans s’il fait des études, ce qui n’est pas le cas en Hexagone, explique l’expert.

En plus de l’Assurance Vieillesse et Survivants, le système de retraite suisse repose également sur un second pilier, la prévoyance professionnelle dite "retraite professionnelle".

Système de retraite suisse : la retraite professionnelle

Cette prévoyance professionnelle est "d’ordre privé et complète le premier pilier au moment de la retraite", explique Jean-François Chauffeté.  En France elle pourrait être comparée avec l’Agirc-Arrco  complémentaire cadre et non cadre. "En France on dit que ces retraites sont privées mais en fait non c’est comme un système public car très encadré et obligatoire", souligne-t-il.

Contrairement au système français qui est organisé en répartition, le suisse repose sur le principe de capitalisation. "Les cotisations sont partagées entre l’employeur et le salarié et sont versées à une institution de prévoyance selon le domaine d’activité de la société", développe le fondateur d’EOR.

Cette cotisation est obligatoire pour tous les salariés dont le revenu est supérieur à 21 510 CHF (21 730 euros environ) par an et elle est plafonnée à 86 040 CHF (86 930 euros environ). En ce qui concerne les indépendants, il n’existe aucune obligation, cependant ils peuvent y cotiser s’ils le souhaitent.

Contrairement à la France, les cotisations progressent selon l’âge : "Plus on est proche de la retraite plus on paye" précise-t-il, 7% au début puis 18% à la fin.

Un troisième pilier vient également compléter les deux premiers, la prévoyance privée.

Système de retraite suisse : la prévoyance privée

Le troisième pilier vient compléter les deux premiers. Il est réparti en 3 branches. La première est la prévoyance individuelle liée. Dans ce cas, "les cotisations sont versées dans une banque ou une compagnie d’assurance", explique l’expert. Celle-ci concerne tous les salariés, les Indépendants non cotisants au deuxième pilier, les personnes résidant à l’étranger et travaillant en Suisse ou encore ayant poursuite d’activité après l’âge légal de retraite.

La deuxième branche de ce pilier est la prévoyance individuelle libre c’est-à-dire les placements, l’assurance-vie ou encore un compte épargne, précise Jean-François Chauffeté. La dernière branche quant à elle est l’équivalent du plan d'épargne retraite (PER) français, après la réforme du 1 er octobre 2019.

Système de retraite suisse : pourrait-il convenir à la France ?

"On voit que les systèmes présentent quelques similitudes au niveau de leur inspiration, mais là oùle système de retraite dit publique de sécurité sociale en Suisse assure une base obligatoire, elle laisse rapidement place aux cotisations privées obligatoires et encadrées", décrypte le fondateur d’EOR.

Il estime ainsi que le modèle suisse est "un système plus libéral et plus responsabilisant individuellement mais également collectivement, notamment pour les organisations syndicales car il ne permet pas de faire payer par d’autres sa retraite comme c’est le cas en France".

Ainsi, selon lui, un tel système ne pourrait pas être adapté en France car il ne serait pas compatible avec l’idéal de "solidarité à la Française" qui habite une partie de la population.