Le Medef contre l'Exécutif: une nouvelle guerre des chiffres
Alors que les débats sur le Budget 2026 s'enflamment, le dialogue de sourds s'installe entre Bercy et le patronat. L'Exécutif tente une opération de déminage en segmentant le monde économique pour mieux faire passer la pilule fiscale, tandis que le Medef alerte sur une rupture de confiance généralisée.
Une riposte gouvernementale ciblée
Face à la montée des critiques patronales, le gouvernement a choisi son angle d'attaque : la défense de la majorité silencieuse des entrepreneurs. Le ministre du Commerce Extérieur, Nicolas Forissier, est monté au créneau sur Franceinfo pour marteler un message simple : la fiscalité reste stable pour « 99% des entreprises ». Selon lui, les TPE, PME et ETI sont épargnées par le tour de vis budgétaire prévu pour 2026.
L'objectif est de circonscrire l'incendie aux seules multinationales. Le ministre précise que la hausse ne concerne que les 300 plus grands groupes français, soit ce fameux « 1% » disposant des épaules les plus solides. Dans une surenchère sémantique destinée à rassurer les commerçants et artisans, la porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, a même poussé le curseur plus loin, évoquant une stabilité pour « 99,9% des entreprises » et garantissant que leurs impôts « n'augmenteront pas cette année ».
La bataille des milliards et des promesses
Au cœur de cette discorde figure la reconduction de la Contribution Exceptionnelle sur les Bénéfices des Grandes Entreprises (CEBGE). Ce dispositif, censé rapporter entre 7,3 et 8 milliards d'euros selon les estimations de Libération et de l'Exécutif, vise spécifiquement les sociétés réalisant un chiffre d'affaires supérieur à 1,5 milliard d'euros.
Mais pour le Medef, cette présentation relève du « déni de réalité ». Patrick Martin, son président, s'insurge dans les colonnes du Parisien contre une vision tronquée, affirmant que les prélèvements sociaux et fiscaux vont globalement augmenter de « quelques milliards ». Au-delà de la surtaxe, l'organisation patronale pointe les impôts de production et l'absence de baisse de la CVAE, vécues comme des « promesses importantes non tenues ».
Le patronat regrette surtout que l'entreprise devienne, à ses yeux, la « variable d'ajustement du budget » faute d'efforts suffisants sur la baisse de la dépense publique. De son côté, la stratégie politique du gouvernement apparaît nette : isoler le « grand capital », souvent perçu comme le grand gagnant des années précédentes, pour éviter une fronde unifiée de tout le tissu économique.
L'attractivité économique en sursis
Cette stratégie de segmentation comporte des risques majeurs pour l'image de la France. Le Medef redoute que cette pression fiscale, qualifiée de « plus haut taux mondial » par Patrick Martin, ne porte un coup d'arrêt à la compétitivité et à l'attractivité du territoire auprès des investisseurs étrangers.
L'inquiétude se cristallise particulièrement autour de l'horizon 2027. Les dirigeants naviguent à vue, d'autant que le ministre de l'Économie, Roland Lescure, a refusé de garantir la suppression de cette surtaxe l'année prochaine. Comme le rapporte Capital, le maintien ou non de cet impôt restera conditionné aux futurs équilibres budgétaires, alimentant un climat de défiance. Ce fossé grandissant entre le traitement des « 300 » et le reste de l'économie marque une rupture dans la doctrine fiscale de l'Exécutif, qui assume désormais une approche à deux vitesses.