Le coup de force à 10 milliards de Donald Trump pour court-circuiter l'ONU

Publié par Pierre-Antoine Martel
le 20/02/2026
Caricature de Trump
New Planet Media
Alors que Washington cumule une dette historique envers l'ONU, Donald Trump vient d'annoncer un financement de 10 milliards de dollars pour son propre "Conseil de paix", menaçant de privatiser la diplomatie mondiale.

En lançant officiellement son "Board of Peace" à Washington, le président américain ne se contente pas de créer une nouvelle instance concurrente : il assèche financièrement le système multilatéral existant pour imposer sa vision transactionnelle des relations internationales.

Un chèque de 10 milliards pour une entité privée

La scène se déroule lors de la réunion inaugurale à Washington, où le président américain a pris tout le monde de court. Donald Trump a promis le versement immédiat de 10 milliards de dollars à cette structure qu'il a lui-même portée sur les fonts baptismaux en janvier dernier. Selon l'agence APA.az, il a déclaré sans détour : « Je veux vous faire savoir que les États-Unis vont verser une contribution de 10 milliards de dollars au Board of Peace ».

Ce montant donne le vertige lorsqu'on le compare aux obligations actuelles de Washington. Les États-Unis accusent un retard de paiement massif envers les Nations unies, avec une dette de 2,19 milliards de dollars au budget ordinaire et 2,4 milliards pour les missions de maintien de la paix, comme le souligne News.az. Pour le locataire de la Maison-Blanche, cette incohérence n'en est pas une. Il qualifie ce transfert de fonds de « nombre très modeste par rapport au coût de la guerre », rapporte Truthout, positionnant désormais son organisation comme le premier corps mondial pour la stabilité.

Décryptage : une stratégie pour "surveiller" et supplanter l'ONU

Le fonctionnement de ce nouveau conseil repose sur une logique purement financière, bien loin de la charte de l'ONU. L'adhésion permanente au "Board of Peace" s'apparente à un système de "pay-to-play" : le ticket d'entrée est fixé à un milliard de dollars. À ce jour, une dizaine de nations, incluant l'Arabie saoudite, le Qatar et les Émirats arabes unis, ont déjà promis un total de 7 milliards de dollars.

L'ambition affichée est claire : mettre sous tutelle la diplomatie internationale. Donald Trump a explicitement affirmé que son organisation allait « presque surveiller les Nations unies et s'assurer qu'elles fonctionnent correctement », selon des propos rapportés par SooLeader. Ce coup de force survient dans un climat de désengagement total, acté par le décret présidentiel du 7 janvier 2026 qui a validé le retrait américain de 66 organisations internationales et traités, plongeant les institutions historiques dans une crise budgétaire sévère.

Vous avez aimé cet article ?

Quelles conséquences pour l'ordre mondial et le lecteur ?

Le "Board of Peace" est piloté par un conseil exécutif formé de proches du président et de milliardaires, sans aucun mécanisme de contrôle démocratique. Aux États-Unis, la légalité de ce financement fait déjà débat. Le sénateur Chris Murphy a qualifié cette manœuvre de « totalement illégale » dans les colonnes de Truthout, rappelant que ces fonds n'ont jamais reçu l'aval du Congrès.

Pour le citoyen, cela signale la fin du multilatéralisme traditionnel. Les grandes crises, comme la reconstruction de Gaza — dont le coût est estimé à 70 milliards de dollars par le Washington Post — ne dépendront plus de consensus diplomatiques. Elles seront gérées selon une logique d'affaires bilatérale, laissant craindre une instabilité accrue du droit international.

Google News Voir les commentaires