Sept milliards de dollars pour Gaza, deux pays européens : Trump inaugure son « Conseil de paix »

Publié par Pierre-Antoine Martel
le 20/02/2026
TRUMP
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Donald Trump a officiellement lancé son « Conseil de paix » à Washington, mobilisant sept milliards de dollars pour Gaza tout en s'affranchissant des cadres de l'ONU.

Le décor était soigneusement choisi. Pour inaugurer son « Conseil de paix », jeudi 19 février, Donald Trump a convié ses invités au Donald J. Trump US Institute of Peace, ancien siège de l’US Institute of Peace (Usip), rebaptisé à son nom après une saisie administrative controversée. 

Le bâtiment, dont la reprise en main a été jugée illégale en première instance, symbolise à lui seul la méthode : directe, assumée, sans détour. Le président américain entend faire de ce « board of peace » un outil central pour superviser le processus de paix à Gaza – et, potentiellement, d’autres conflits. Un rôle traditionnellement dévolu aux Nations unies, que la nouvelle administration juge inefficaces.

Autour du président, une garde rapprochée fidèle : l’émissaire Steve Witkoff, son gendre et conseiller Jared Kushner, le vice-président J. D. Vance et le secrétaire d’État Marco Rubio. À leurs côtés, figure plus inattendue, Gianni Infantino, patron de la FIFA et ami du président. « Nous travaillons ensemble pour assurer un futur à Gaza, au Moyen-Orient mais aussi au reste du monde », a déclaré Donald Trump, dans une mise en scène soignée où il s’est posé en artisan d’un nouvel équilibre international. Cinquante-neuf nations étaient conviées ; toutes ne sont pas venues.

Un semi-boycott européen

Les pays de l’Union européenne ont, pour la plupart, choisi de rester en retrait. Seules la Hongrie et la Bulgarie ont participé officiellement. Invitée, la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, a décliné. Pour ne pas laisser le terrain entièrement libre à Washington, la commissaire à la Méditerranée, Dubravka Šuica, a néanmoins fait le déplacement en simple observatrice. Une initiative qui a irrité plusieurs capitales, notamment Paris et Bruxelles, soucieuses de ne pas cautionner une marginalisation de l’ONU et du cadre multilatéral.

Car derrière l’affichage humanitaire, l’enjeu est institutionnel. Donald Trump assume un rapport de force avec l’organisation internationale, dont il critique régulièrement les lenteurs. Il a presque intégré à son propre bilan les deux milliards de dollars déjà collectés par l’ONU pour Gaza, estimant que celle-ci « a un potentiel extraordinaire » mais « n’est pas à la hauteur ». 

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« Le Conseil de paix va presque superviser l’ONU et veiller à son bon fonctionnement », a-t-il lancé, dans une formule qui résume l’ambition du projet : peser sur la gouvernance mondiale plutôt que s’y fondre.

Sept milliards pour Gaza et une diplomatie transactionnelle

Sur le plan financier, l’annonce est spectaculaire. Neuf membres fondateurs se sont engagés à verser plus de sept milliards de dollars pour l’aide humanitaire à Gaza, dont deux milliards levés en quelques jours. Les États-Unis promettent en outre de doter le Conseil d’un budget de dix milliards de dollars, avec un ticket d’entrée fixé à un milliard pour les membres permanents. Une architecture qui reflète une diplomatie assumée comme transactionnelle : l’influence se mesure à la contribution.

Plusieurs pays – l’Albanie, le Kosovo, le Kazakhstan, l’Égypte et la Jordanie – auraient proposé d’envoyer des effectifs pour soutenir une force internationale de stabilisation et former la police locale. « Tant de pays qui n’ont vraiment rien à voir avec le Moyen-Orient […] veulent venir et se battre », s’est félicité le président américain, tout en laissant entendre qu’un déploiement massif ne serait peut-être pas nécessaire. 

La FIFA, de son côté, prévoit de lever 75 millions de dollars pour financer des infrastructures sportives à Gaza, ajoutant une dimension symbolique à l’effort de reconstruction.

En annonçant que la Norvège accueillerait la prochaine réunion du Conseil, Donald Trump a montré sa volonté d’inscrire l’initiative dans la durée. Reste à savoir si ce nouvel outil diplomatique s’imposera comme un levier crédible de stabilisation ou s’il accentuera les fractures entre Washington et ses partenaires européens. Une chose est sûre : avec ce « Conseil de paix », les États-Unis redessinent les contours du jeu multilatéral, au risque de laisser certains alliés sur le bord de la route.

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