Afghanistan : un code pénal accusé d’autoriser les coups au sein du mariage

Publié par Pierre-Antoine Martel
le 20/02/2026
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En Afghanistan, un nouveau code pénal diffusé aux tribunaux limiterait les poursuites pour violences conjugales aux cas de blessures visibles. Une mesure dénoncée par l’ONG Rawadari et relayée par la presse internationale, qui y voit un nouveau recul des droits des femmes.

Afghanistan : un nouveau code pénal accusé de banaliser les violences conjugales

Un nouveau texte juridique adopté par les autorités talibanes en Afghanistan suscite une vive controverse. Selon plusieurs médias internationaux et l’ONG afghane Rawadari, le code pénal révisé limiterait les poursuites en cas de violences conjugales aux seules situations provoquant des blessures graves et visibles. Une évolution dénoncée comme une légalisation de fait des coups au sein du mariage.

Un texte dénoncé par une ONG afghane

L’information a émergé à la mi-février 2026 dans la presse britannique, notamment dans le tabloïd The Sun, avant d’être reprise par d’autres médias internationaux. À l’origine des révélations : l’ONG afghane de défense des droits humains Rawadari, qui affirme avoir obtenu une copie du nouveau code pénal distribué aux tribunaux du pays.

Selon l’analyse publiée par Rawadari, le texte prévoirait que des poursuites contre un mari ne soient engagées que si les violences infligées entraînent des « fractures visibles » ou des « blessures ouvertes ». Autrement dit, des coups sans marques apparentes ne seraient pas clairement sanctionnés. L’ONG évoque un recul majeur des protections juridiques dont bénéficiaient, au moins en théorie, les femmes afghanes avant le retour des talibans au pouvoir en 2021.

Contactées par plusieurs médias étrangers, les autorités talibanes n’ont pas publié de version officielle détaillée et accessible à l’international du code pénal complet, ce qui complique l’analyse précise de sa rédaction. Mais les éléments communiqués par Rawadari ont été jugés suffisamment crédibles pour être relayés par la presse étrangère.

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Sources : Rawadari (rapport publié en février 2026) ; The Sun, 19 février 2026.

Un recul qui s’inscrit dans une dynamique plus large

Depuis leur retour au pouvoir, les talibans ont progressivement démantelé les dispositifs institutionnels de protection des femmes. Le ministère des Affaires féminines a été supprimé, les tribunaux spécialisés dans les violences domestiques ont disparu et de nombreuses ONG locales ont vu leur activité restreinte.

Dans ce contexte, la publication d’un code pénal réduisant les possibilités de poursuites en cas de violences conjugales apparaît, pour les défenseurs des droits humains, comme une étape supplémentaire dans l’effacement des garanties juridiques. Même en l’absence d’une formule explicitement écrite « les maris peuvent frapper leurs épouses », la condition de blessures graves comme seuil pénal change profondément la portée du droit.

Pour les observateurs, l’enjeu est aussi symbolique. En l’absence de mécanismes indépendants de contrôle et de recours, les femmes afghanes disposent de marges extrêmement réduites pour dénoncer des violences. L’exigence de preuves visibles, dans une société où l’accès à la justice est déjà limité pour les femmes, pourrait rendre les poursuites quasi impossibles dans la pratique.

La controverse intervient alors que la situation des femmes en Afghanistan continue d’inquiéter la communauté internationale. Accès à l’éducation secondaire et universitaire restreint, limitations de déplacement, exclusion de nombreux emplois : le nouveau code pénal s’inscrit dans un environnement juridique et social déjà profondément transformé depuis 2021.

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