Le président de la République a gagné son duel contre Marine Le Pen, lequel s'est avéré, de l'avis de plusieurs observateurs, être un véritable vote de classe. Mais est-il le bon défenseur de ceux qu'il entend protéger ?
De qui Macron défend-il les intérêts ?abacapress
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Il aura pris son temps. Des semaines après sa réélection aux plus hautes fonctions de l’Etat, Emmanuel Macron a fini par choisir - et nommer ! - sa nouvelle Première ministre. N’en déplaise à Jean-Luc Mélenchon, qui a d’ores et déjà demandé aux Françaises et aux Français de “l’élire” à Matignon, le président de la République a opté pour Elisabeth Borne, son ancienne ministre, passée notamment par le Travail et la Transition écologique. Une femme en provenance du Parti socialiste - elle a été directrice du cabinet de Ségolène Royal -  pensée précisément pour courcircuiter le visage de la Nouvelle union populaire, écologique et sociale (NUPES).

Pourtant, force est de constater qu’Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon ne chassent pas dans les mêmes plaines : ils n’ont pas à cœur d’attirer le même électorat et ne défendent donc évidemment pas les mêmes intérêts. Mais qui travaille à quoi, au juste ? Raul Magni-Berton, politologue et enseignant-chercheur à l’Institut d’études politiques (IEP, Sciences-Po) de Grenoble a quelques éléments de réponse.

De qui Emmanuel Macron défend-il les intérêts ?

“Il est assez aisé d’identifier les profils des gens qui ont voté pour Emmanuel Macron au premier et au deuxième tour de l’élection présidentielle. D’une façon générale, il est sur-représenté dans l’électorat retraité et chez les cadres supérieurs”, rappelle d’entrée de jeu le spécialiste, qui travaille au laboratoire P.A.C.T.E et qui n’hésite pas à évoquer un vote de classe pour le deuxième tour ; au regard notamment de l’électorat que le président n’a pas su capter. “67% de l’électorat ouvrier s’est tourné vers Marine Le Pen”, souligne-t-il.

Dès lors, d’aucuns pourraient estimer du président qu’à défaut d’être celui des riches, il est avant tout le protecteur des retraités et des classes sociales plutôt aisées. A raison ?

Pour le politologue, certaines de ces affirmations pourraient être contestées.

“Je ne sais pas s’il est possible de dire clairement qu’Emmanuel Macron est un choix particulièrement avantageux pour l’électorat retraité. Ceci étant dit, la situation n’est pas très étonnante : c’est un électorat qui a le risque en averse et qui a souvent tendance à voter pour un candidat connu, de centre droit. Le président incarne, de facto, une certaine stabilité”, rappelle-t-il.

“J’aurais tendance à dire qu’Emmanuel Macron fait preuve d’une volonté de protection des retraités actuels assez nette. Il mène, au global, une politique qui va dans ce sens”, tempère pour sa part l’économiste et enseignant agrégé (Université de Lille 1) Alexandre Delaigue.

De qui Emmanuel Macron est-il le président ?

Longtemps grimé en “président des riches”, du fait d’une série de mesures venant renforcer le pouvoir d’achat et les capacités financières des plus aisés - la suppression de l’impôt de solidarité sur la fortune et la création de la flat tax font partie de ces réformes - cumulée à la baisse de certaines aides sociales comme les APL.

S’il n’est peut-être pas le président de coeur des retraités, qu’il protège tout de même en repoussant l’âge légal de départ à la retraite, insiste Raul Magni-Berton, il est déjà davantage celui des catégories sociaux-professionnelles supérieures, explique le politologue. “D’une façon générale, soutient l’enseignant-chercheur, les électeurs ont rarement tort en choisissant leur candidat. Et Emmanuel Macron ressemble assez aux gens qui l’ont placé à l’Elysée”, poursuit-il.

C’est un sujet sur lequel Alexandre Delaigue le rejoint. “La politique que mène Emmanuel Macron correspond globalement aux intérêts de la coalition électorale qui vote pour lui. Celle-ci est essentiellement composée de populations aisées ou relativement aisée”, détaille l’économiste. “Il fait la politique désirée par la catégorie sociale à laquelle il appartient, c’est-à-dire la haute administration française, à l’aise avec l’économie mondialisée”, tranche-t-il encore.

Pour le politologue, le président de la République partage en outre un certain niveau d’études avec ses électeurs. “Comme Jean-Luc Mélenchon, Emmanuel Macron est très diplômé. C’est aussi le cas de son corps électoral, même si la réussite apparaît plus valorisante que le niveau de diplôme dans ces sphères-ci”, observe le chercheur.

Quelle conception de l’intérêt général Emmanuel Macron défend-il ?

Au-delà du seul intérêt de quelques-uns, le chef de l’Etat - ou tout individu prétendant à l’exercice de telles fonctions - est aussi garant de l’intérêt collectif. Reste à savoir, cependant, quelle définition de l’intérêt général est celle du président de la République.

La définition de l’intérêt général à laquelle adhère Emmanuel Macron diffère, de fait, de celle de ses opposants. Selon lui, la présence étatique doit être associée, sinon subordonnée, à une intégration du pays dans une économie mondialisée et plus forte que la seule nation”, explique Raul Magni-Berton.

“La société idéale, selon Emmanuel Macron, est économiquement dynamique et tirée par quelques entreprises innovantes. C’est l’idée du premier de cordée, qui constitue une élite sociale et entrepreneuriale, qui oriente la société dans le sens du changement, de l’enrichissement. Les inégalités, dès lors, sont acceptables : elles sont la juste contrepartie de ce dynamisme et y participent”, résume pour sa part Alexandre Delaigue.

“Le problème de la mondialisation, c’est qu’en moyenne elle produit de la croissance mais entre en contradiction avec des mesures de redistribution forte. Ouvrir les frontières, c’est aussi permettre la concurrence des salaires par le bas. Le souci n’est d’ailleurs pas récent : on rencontrait le même au XIXème siècle”, poursuit le politologue.

“A bien des égards, le modèle choisi in fine n’est pas le problème : qu’il s’agisse de défendre la mondialisation ou de la condamner, les deux argumentaires peuvent se défendre. Le vrai souci, c’est la question de l’adhésion de la population. Quel qu'il soit, il faut que le modèle appliqué soit soutenu par la population. Or, dans un cas comme dans l’autre, les Françaises et les Français sont très divisés. Leur imposer l’une ou l’autre de ces visions, c’est donc créer du conflit”, juge le chercheur en sciences-politique.

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