Drame de Crans-Montana : Jacques Moretti tenterait de minimiser son rôle

Publié par Matthieu Chauvin
le 22/01/2026
Interrogatoire police
Istock
Plus de deux semaines après l'incendie meurtrier du bar Le Constellation, le gérant Jacques Moretti a brisé le silence lors d'une audition marathon à Sion, oscillant entre excuses et rejet de certaines responsabilités opérationnelles. Ce qui a fuité après ce face-à-face avec les enquêteurs.

Ce mardi 20 janvier 2026 marquait une étape douloureuse mais nécessaire pour les proches des 40 victimes décédées et des 116 blessés du drame de la Saint-Sylvestre à Crans-Montana. Jacques Moretti, ancien gérant (devenu associé) de l'établissement, a été extrait de sa cellule pour être entendu par le ministère public valaisan. Cet interrogatoire fleuve, mené sous haute tension en présence de nombreux avocats, visait à confronter la version du prévenu aux éléments techniques accablants du dossier.

Un face-à-face marathon de onze heures

L'attente était immense autour de l'audition de Jacques Moretti à Sion, arrivé au tribunal sous bonne escorte policière. Face à un pool de procureures et devant pas moins de 27 avocats représentant les parties civiles, l'homme a subi un interrogatoire d'une durée exceptionnelle de onze heures. L'objectif pour la justice était de disséquer minute par minute le déroulement de la soirée fatale.

Décrit comme "affecté" par les témoins présents, le gérant a renouvelé ses excuses aux familles. Selon maître José Coret, un des avocat des victimes du bar Le Constellation, le prévenu a tenu à répondre aux questions : "J'ai trouvé une personne qui ne s'est pas dérobée et qui a répondu à toutes les questions (...) je ne sais pas si ce qu'il a dit est vrai, si c'est correct, mais il a répondu", a-t-il déclaré d'après l'AFP.

Une défense qui pointe le personnel

Alors que l'instruction vise des chefs d'homicide par négligence, la ligne de défense adoptée par Jacques Moretti commence à se dessiner. Si l'émotion était palpable, le gérant aurait tenté, selon les informations rapportées par Le Nouveau Détective, de minimiser son implication directe dans le déclenchement du sinistre. Il aurait notamment reporté une partie de la faute sur ses employés concernant l'utilisation des feux de bengale à l'intérieur : "Ce sont eux qui ont fait cela, ce n’était pas mon initiative, mais je ne l’ai jamais interdit non plus."

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"Je ne suis pas responsable, ce n’est pas ma faute. J’ai fait tout ce qui était nécessaire en matière de sécurité", aurait-il déclaré selon le Corriere della Sera. Mais Jacques Moretti, d'après Blick, aurait poussé le bouchon plus loin : "Je n’aurais pas pu imaginer cela… tous les contrôles effectués se sont déroulés sans problème", rejetant sur ce point la responsabilité sur la commune. Quant à l'évacuation impossible du bar en feu, le média suisse affirme que l'ancien gérant "attribue également à des tiers la responsabilité des portes bloquées ou verrouillées. Il est aussi revenu sur la chaise qui bloquait la sortie de secours. Selon lui, ce serait un client qui l'aurait placée là la veille."

Les débats se concentrent désormais sur sa responsabilité face aux initiatives prises par son équipe ce soir-là. Cependant, l'enquête met aussi en lumière des défaillances structurelles graves. Au cœur du dossier figurent les normes de sécurité incendie du bar, avec en point de mire l'embrasement rapide d'une mousse insonorisante au plafond et un escalier de secours qui aurait été rétréci lors de travaux en 2015. Des dysfonctionnements que la commune avait déjà notés lors de contrôles en 2018 et 2019.

Un risque de fuite qui bloque la libération

Contrairement à son épouse Jessica, laissée libre sous mesures de substitution, la détention provisoire de Jacques Moretti en Suisse a été maintenue pour le moment. Le tribunal des mesures de contrainte doit statuer prochainement, mais le parquet s'oppose fermement à sa remise en liberté. Les procureures invoquent un "risque concret de fuite" vers la France, soulignant que l'homme dispose de peu d'attaches durables sur le sol helvétique.

Une éventuelle caution pour la libération de Jacques Moretti est toutefois en discussion. Selon les estimations relayées par le Blick, celle-ci pourrait être de 200 000  francs suisses (plus de 2150 000 euros). Une somme déjà réunie par un ami. Pour les familles endeuillées, son incarcération reste, pour l'heure, la seule garantie que la justice suivra son cours jusqu'au procès. Mais de nouveaux éléments laissent penser que "le Corse" restera derrière les barreaux.

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