Crans-Montana : pourquoi les caméras de surveillance ont-elles cessé d’enregistrer trois minutes avant le départ du feu ?

Publié par Suruthi Srikumar
le 21/01/2026
Incendie à Crans-Montana : pourquoi les caméras de surveillance ont-elles cessé d’enregistrer trois minutes avant le départ du feu ?
Istock
Entendu par les enquêteurs le 1er janvier dernier, Jacques Moretti, ancien propriétaire du bar « Le Constellation », a remis des captures d’écran de l’établissement prises quelques minutes avant l’incendie qui a ravagé les lieux et causé la mort de 40 personnes. Il a affirmé que le système de vidéosurveillance s’était « bloqué » au moment du drame.

La tragédie de la nuit de la Saint-Sylvestre, qui a coûté la vie à 40 personnes, continue de livrer ses secrets au compte-gouttes. Les derniers éléments du dossier d'instruction mettent en lumière une coïncidence troublante : le système de sécurité a cessé de fonctionner un très court instant avant l'embrasement, privant les enquêteurs d'images cruciales pour comprendre le déroulé exact des événements.

Une interruption inexpliquée à 1h23 du matin

Les rapports de police pointent un détail chronologique précis concernant l'arrêt des enregistrements des caméras de Crans-Montana. Alors que le sinistre s'est déclaré au sous-sol à 1h26, les quatorze dispositifs de surveillance installés dans l'établissement ont cessé de filmer à 1h23, soit exactement trois minutes plus tôt, rapportent nos confrères de Bild.

Interrogé sur cette défaillance simultanée lors de sa première audition le 1er janvier, Jacques Moretti a fourni une explication, évoquant un problème technique. Selon ses déclarations, rapportées par La Dépêche, il a affirmé : "À ce moment-là, le système s’est bloqué. Je ne peux plus le réinitialiser", aurait indiqué Jacques Moretti, ex-propriétaire du bar, auprès des forces de l’ordre.

Une issue de secours potentiellement bloquée

Avant cette coupure fatale, le gérant a pu présenter aux enquêteurs des captures d'écran datées de 1h23. Ces clichés témoignent d'un étage supérieur quasi désert, contrastant avec un sous-sol bondé où la fête battait son plein. Plus inquiétant encore, une autre image des caméras de surveillance de l’établissement montre la sortie de secours du bar : "celle-ci semble obstruée par un meuble", rapporte La Dépêche.

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Toutefois, l'absence de vidéo après 1h23 empêche de confirmer formellement si l'obstacle était toujours présent lors du départ de feu, trois minutes plus tard. Face à cette absence de preuve, Bild évoque la piste d'une suppression totale des fichiers qui pourrait être "volontaire" de la part des gérants du bar, bien que les autorités suisses n'aient à ce stade pas confirmé cette hypothèse.

L'origine du sinistre et les suites judiciaires

La justice s'intéresse désormais aux responsabilités pénales dans ce dossier. Une procédure est en cours, entraînant la mise en examen pour homicide par négligence après l'incendie, visant le couple propriétaire pour "lésions corporelles par négligence et incendie par négligence". Les premiers éléments de l'enquête technique suggèrent que l'origine du départ de feu serait liée à l'utilisation de bougies festives ayant accidentellement enflammé une mousse de protection phonique fixée au plafond.

Le Tribunal des mesures de contrainte du canton du Valais avait ordonné le placement en détention provisoire de Jacques Moretti, invoquant « un risque de fuite », pour une durée initiale de trois mois. Il avait toutefois évoqué la possibilité d’une remise en liberté sous certaines conditions.

Après cette période de détention provisoire, la justice a ordonné la libération de Jacques Moretti moyennant une caution fixée à 200 000 francs suisses (environ 215 000 euros), une somme réunie grâce à l'intervention d'un proche. Ce drame laisse derrière lui un bilan humain terrible de 40 morts et 116 blessés, principalement des adolescents et jeunes adultes.

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