Incendie à Crans-Montana : des témoins sous pression, selon l’avocat d’une victime
Quelques jours après l'incendie dévastateur à Crans-Montana qui a fait 40 morts et 116 blessés, l'enquête judiciaire prend un nouveau tournant avec la possible remise en liberté du gérant, une perspective qui inquiète vivement les parties civiles.
Une détention provisoire potentiellement écourtée
L'émotion est encore vive alors que la justice tente de faire la lumière sur cette tragédie. Jacques Moretti, patron du bar Le Constellation, théâtre d'un incendie mortel le soir du Nouvel An à Crans-Montana, a été incarcéré pour une durée initiale de trois mois afin de garantir les besoins de l'instruction. Cependant, le Tribunal des mesures de contrainte (TMC) du Valais a récemment indiqué être « disposé à lever la détention provisoire moyennant diverses mesures », incluant notamment le paiement d'une caution. Cette éventuelle libération de Jacques Moretti avec versement de sûretés passe mal auprès des représentants des victimes.
Pour le tribunal, le risque de fuite pourrait être contenu par ces garanties financières. Une position que ne partagent absolument pas les familles endeuillées, qui attendent des réponses fermes de la part des autorités judiciaires suisses.
La crainte de pressions et de destruction de preuves
La tension est montée d'un cran avec les déclarations de Me Jean-Luc Addor. L'avocat d'une des victimes, qui est aussi un ancien juge d'instruction, a jeté un pavé dans la mare en affirmant qu'il existe bien des pressions sur les témoins après l'incendie de Crans-Montana. « La réponse est oui », a-t-il affirmé lorsque france info lui demande s'il y a eu des pressions ou des tentatives de pression sur les témoins. « Je ne peux pas en dire plus», ajoute-t-il, évoquant toutefois, des « pressions émanant du tenancier». «J’ai quelques raisons, sur la base d’éléments qui me sont revenus que cela a pu être le cas», confie Jean-Luc Addor.
S'il n'a pas entendu de «menaces», directement, l'avocat rappelle que «le simple fait que le gérant puisse avoir des contacts» avec d'éventuels témoins est «un risque concret de collusion». L'avocat estime que relâcher le suspect à ce stade précoce de l'enquête revient à s'exposer à des risques de fuite de preuves ou à la destruction d'éléments cruciaux pour la manifestation de la vérité. « Je ne vois pas comment on peut éliminer le risque de fuite dans cette affaire », a-t-il martelé.
Des failles de sécurité au cœur des investigations
L'enquête suite à l'incendie du bar Le Constellation doit déterminer les responsabilités précises dans ce drame causé, selon les premiers éléments, par des « bougies étincelantes entrées en contact avec une mousse acoustique ». Les investigations se déroulent dans un contexte d'absence d'inspection de sécurité à Crans-Montana, la commune ayant elle-même admis qu’« aucune inspection sécurité et incendie du bar n’avait été effectuée depuis 2019 ».
Si les propriétaires ont assuré par la voix de leurs conseils qu’ils ne se « déroberaient pas » à la justice, Me Addor regrette l'absence de perquisitions immédiates, craignant que des documents administratifs ou techniques aient pu être « triés » avant d'être saisis.