Blanchiment, fraude et gestion opaque : le rapport accablant sur les Moretti après l’incendie de Crans-Montana

Publié par Sarah Martin
le 10/03/2026
Blanchiment, fraude et gestion opaque : le rapport accablant sur les Moretti après l’incendie de Crans-Montana
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DPA/ABACA
Selon un rapport confidentiel du bureau suisse de lutte contre le blanchiment (MROS), consulté par Le Parisien, un système financier opaque est mis en lumière.

Deux mois après le tragique incendie du bar Le Constellation, un document suisse antiblanchiment dévoile les soupçons de fraudes massives entourant les propriétaires de l'établissement.

Le drame du Nouvel An, qui a coûté la vie à 41 personnes et blessé 115 autres à Crans-Montana, prend une nouvelle dimension judiciaire inattendue. Alors que l'enquête cherchait d'abord à établir les responsabilités directes liées à la sécurité des lieux, elle met désormais en lumière les pratiques financières totalement obscures de Jessica et Jacques Moretti, les gérants du lieu sinistré. Ces récentes découvertes interrogent profondément sur la passivité des institutions bancaires au cours de la dernière décennie.

Un rapport accablant transmis à la justice valaisanne

Révélé dans la presse le 9 mars 2026, un document confidentiel de quinze pages, daté du 23 février, vient bouleverser ce dossier hors norme. Rédigé par les experts du Bureau de communication en matière de blanchiment d'argent (MROS), ce texte cible sans détour le couple Moretti. Neuf personnes sont actuellement visées par la justice helvétique. Parmi elles figure Nicolas Féraud, le président de la commune de Crans-Montana, officiellement inculpé pour incendie et homicide par négligence. Désormais, le périmètre des investigations s'élargit aux montages économiques. Les propriétaires doivent répondre à de lourdes accusations présumées : blanchiment d'argent, gestion déloyale, faux dans les titres, escroqueries répétées aux assurances et de multiples infractions fiscales.

Un empire de façade assimilé à un système de Ponzi

Les analystes suisses décrivent des mécanismes particulièrement frauduleux. Selon les conclusions du MROS, le réseau du couple s'apparente sans ambiguïté à « l’existence d’un montage financier criminel présumé, pouvant être comparé à un schéma de Ponzi ». L'organisme qualifie par ailleurs leur société de « structure vide remplie d’hypothèques ». Pour appuyer ces graves accusations, le rapport indique fermement que « l’empire du couple Moretti en Suisse repose uniquement sur l’octroi de prêts obtenus de manière vraisemblablement indue ».

Toute la mécanique s'appuyait sur la multiplication de comptes de passage destinés à brouiller l'origine et la destination des flux financiers. Les enquêteurs estiment qu'entre 2015 et 2025, plus de 582 795 francs suisses ont discrètement transité vers la France ou via des plateformes numériques comme Revolut. Pour rassurer les créanciers, Jacques Moretti prétendait détenir un solide héritage familial en Corse, sur la commune de Sari-Solenzara. Il s'agissait en réalité d'un simple bien immobilier récemment acquis à crédit. En parallèle, le duo a massivement exploité les failles du système administratif. Ils ont ainsi perçu 1,5 million de francs suisses d'aides publiques durant la crise sanitaire, cumulés à 248 000 francs suisses d'indemnités versées suite à deux précédents sinistres suspects : un feu au Vieux Chalet en 2023, puis un premier incident au Constellation en 2024.

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Ombre du banditisme et blocage judiciaire français

Le profil de Jacques Moretti intéresse fortement les enquêteurs. Déjà condamné en 2008 pour des faits de proxénétisme, l'homme d'affaires entretiendrait des liens étroits avec Gilles Celotti, une figure bien connue des services de police. Le MROS s'inquiète sérieusement de ces connexions et précise : « Nous ne pouvons pas exclure vu l’opacité du business, la possibilité de l’entrée d’une partie de fonds dopés dans le circuit financier ». Cette hypothèse soulève la participation directe de la criminalité organisée corse, un milieu historiquement très investi dans le secteur du divertissement nocturne.

L'investigation met aussi en évidence des soutiens extérieurs inexpliqués. Le dossier mentionne des prêts atteignant 216 800 francs suisses, étrangement accordés par Sébastien Bottinelli, un homme d'affaires proche de la célèbre famille Audemars Piguet. Face à ces nombreuses découvertes, les autorités suisses ont immédiatement ordonné le gel de six comptes bancaires

 

Toutefois, la coopération internationale freine considérablement la suite des investigations. Une juge d'instruction siégeant à Grasse refuse pour l'instant d'autoriser la saisie des biens immobiliers du couple situés à Cannes et sur l'Île de Beauté. La magistrate française estime juridiquement que ces luxueuses propriétés n'ont aucun lien direct avec l'infraction initiale d'homicide par négligence.

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