Iran : la fortune colossale et douteuse du Guide suprême, le responsable des carnages

Publié par Matthieu Chauvin
le 16/01/2026
Billet iranien
Istock
Au cœur du pouvoir iranien, l'organisation Setad dissimule un empire financier estimé à 95 milliards de dollars, offrant au guide suprême Ali Khamenei, qui en est le propriétaire, les moyens d'une répression implacable. Alors que la protestation de la population a démarré à cause du coût de la vie.

Derrière l'image d'austérité religieuse affichée par Téhéran se cache une réalité économique tentaculaire. Alors que le pays s'enfonce dans la crise et l'inflation (la monnaie iranienne, le rial, a perdu 45 % en 2025), une structure opaque nommée Setad permet au sommet de l'État de consolider son emprise politique et sécuritaire, indépendamment des difficultés subies par la population. Cet acronyme signifie "Quartier général exécutif des ordres de l'imam"...

Une fortune colossale supérieure aux revenus du pétrole

Ce chiffre continue de donner le vertige aux observateurs internationaux. Une enquête majeure de l'agence Reuters avait initialement évalué la fortune du guide suprême Ali Khamenei via cette organisation à 95 milliards de dollars. Ce montant exorbitant dépassait alors la valeur de l'ensemble des exportations pétrolières annuelles du pays ("Une estimation basée sur une analyse des déclarations des responsables de Setad, des données de la Bourse de Téhéran et des sites web des entreprises, ainsi que des informations fournies par le département du Trésor américain" d'après Cnews). Plus inquiétant encore, des estimations américaines récentes évoquées par nos confrères suggèrent que la valorisation de cet empire pourrait désormais atteindre les 200 milliards de dollars.

Cette puissance financière crée un État dans l'État. La taille de l'économie iranienne comparée à Setad révèle un déséquilibre flagrant : alors que les sanctions internationales étouffent le secteur public et privé traditionnel, ce conglomérat continue de prospérer, contrôlant des parts dans presque tous les secteurs, de la finance à l'élevage d'autruches en passant par le pétrole ou les pilules contraceptives !

De la charité à la confiscation systématique

L'histoire de ce géant économique est celle d'un détournement progressif. À l'origine, le Setad créé en 1989  par l'ayatollah Khomeiny, l'homme qui a chassé le Shah 10 ans plus tôt, avait une vocation purement caritative : gérer les biens abandonnés après la Révolution islamique pour aider les pauvres et les invalides de guerre. Sous la direction d'Ali Khamenei, la structure a muté.

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Le Setad, organisation et empire secret en Iran, s'est bâti sur une mécanique redoutable : la spoliation. Le groupe détient un monopole, validé par les tribunaux, pour saisir des propriétés au nom du Guide. Le mécanisme de confiscation des biens par le Setad cible systématiquement les minorités religieuses, les hommes d'affaires et les exilés, en prétextant souvent l'abandon des lieux. Comme le souligne l'avocat Naghi Mahmoudi, contraint à l'exil : "Aucun organe de supervision ne peut remettre en cause ses biens".

L'indépendance financière au service de la répression

Si Ali Khamenei affiche un mode de vie spartiate et ne semble pas s'enrichir personnellement pour mener une vie de luxe, cet argent sert un objectif politique précis : l'autonomie. Ces fonds permettent au Guide d'opérer indépendamment du Parlement et du budget national, s'affranchissant des contraintes législatives pour financer ses priorités.

Le lien entre la répression en Iran et le financement du Setad est direct. Cette manne financière soutient les milices et les opérations de maintien de l'ordre face aux soulèvements populaires. Selon des données américaines relayées par Atlantico, la répression des manifestants aurait causé la mort de plus de 10 000 personnes, voire 12 000 selon des sources locales. Toutefois, une ONG a évoqué aujourd'hui un bilan d'un peu plus de 3 000 victimes. Difficile de savoir. En finançant sa propre force de frappe économique et sécuritaire, le régime s'assure une survie politique au prix d'une crise sociale et humanitaire majeure.

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