Internet en Iran : comment Starlink défie le black-out de Téhéran

Publié par Pierre-Antoine Martel
le 20/02/2026
starlink
Istock
Ce mardi, des révélations confirment l'envoi secret par Washington de milliers de terminaux Starlink en Iran pour briser la censure du régime.

Face au black-out numérique imposé par Téhéran, une guerre de l'ombre technologique s'intensifie. Entre l'acheminement clandestin de matériel et la répression féroce, les outils numériques deviennent des armes de déstabilisation massive contre le pouvoir en place, exposant leurs utilisateurs à des risques immenses.

Une opération clandestine inédite

C'est une révélation qui change la donne dans le bras de fer opposant l'Occident à la République islamique. Selon le Wall Street Journal dans son édition du 13 février 2026, l'administration américaine a orchestré l'introduction en contrebande de près de 6 000 kits Starlink sur le sol iranien. Cette manœuvre vise à soutenir les manifestants suite à la vague de protestations qui secoue le pays depuis la fin de l'année 2025.

Cette initiative marque un véritable tournant doctrinal pour Washington. Jusqu'à présent, le soutien américain se limitait à des solutions logicielles, comme le financement de serveurs VPN. Désormais, les États-Unis livrent directement du matériel physique (« hardware »). Pour financer cette opération, des fonds initialement alloués au support des VPN ont été réaffectés vers l'achat de terminaux auprès de SpaceX. Donald Trump avait d'ailleurs esquissé cette stratégie le 11 janvier 2026, déclarant selon L'Orient-Le Jour : « On pourrait faire fonctionner internet (...) [Elon Musk] est très bon pour ce genre de choses. Je vais l'appeler ».

La riposte technologique au silence

Cette offensive matérielle répond à une stratégie de verrouillage total de l'information. En janvier 2026, le régime a réduit la connectivité nationale à moins de 1 % de son niveau habituel. Cet isolement numérique a pour but de masquer l'ampleur de la répression, dont le bilan oscille entre 3 000 et 30 000 morts selon les estimations rapportées par les observateurs internationaux.

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Dans ce contexte, les outils classiques ne suffisent plus. Les VPN dépendent du réseau local ; si les infrastructures terrestres sont coupées, ils deviennent inopérants. Seule la connexion par satellite permet de contourner les fournisseurs d'accès iraniens et de transmettre des preuves vidéos vers l'extérieur. Toutefois, l'utilisation de ces antennes relève de la haute trahison aux yeux de Téhéran. Une loi promulguée en octobre 2025 prévoit des sanctions drastiques, allant jusqu'à la peine de mort, pour toute personne utilisant Starlink, un acte désormais assimilé à de la complicité d'espionnage avec une puissance étrangère.

Une guerre électronique à haut risque

L'efficacité de ce pont aérien numérique reste cependant relative face à la contre-attaque de Téhéran. Le régime déploie des systèmes de brouillage GPS et spectrale sophistiqués, probablement d'origine russe. Selon Europe 1, ces interférences parviennent à faire chuter le trafic Starlink de 80 % dans les centres-villes et les zones critiques, rendant la connexion instable.

Le danger est également physique pour les utilisateurs. La « signature radio » émise par les antennes permet aux autorités de géolocaliser les terminaux avec précision. Les forces de sécurité multiplient les perquisitions ciblées sur les toits pour confisquer ce matériel jugé « anti-sécurité ». Malgré ces menaces, France 24 estime qu'entre 40 000 et 50 000 abonnements restent actifs. Ce précédent, après l'Ukraine, redessine les frontières de l'ingérence numérique mondiale, faisant de la connectivité satellitaire un nouvel outil de souveraineté pour les opposants politiques.

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