Iran : 3 428 morts, un pays coupé du monde… et un peuple “abandonné”

Publié par Pierre-Antoine Martel
le 18/01/2026
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La contestation née de la crise économique a basculé dans une répression sanglante. Derrière une coupure d’Internet quasi totale depuis le 8 janvier, les ONG tentent de documenter un bilan qui s’alourdit chaque jour.

C’est un chiffre qui donne le vertige. Un de ces chiffres qui, d’un seul coup, transforment une crise politique en tragédie nationale. 3 428 morts, selon l’ONG Iran Human Rights (IHR), dans une contestation née il y a quelques semaines à peine. 

Depuis fin décembre 2025, l’Iran est secoué par une vague de colère populaire déclenchée par la vie chère, l’inflation et l’effondrement de la monnaie. Au départ, ce mouvement ressemblait à une explosion sociale : des citoyens épuisés, des familles étranglées par les prix, une jeunesse sans avenir. 

Mais très vite, la contestation a basculé dans une répression d’une brutalité extrême. Et ce qui inquiète aujourd’hui la communauté internationale, ce n’est pas seulement l’ampleur du bilan : c’est aussi l’impression que l’Iran est en train de s’enfoncer dans un drame invisible, un massacre sous cloche, presque impossible à documenter.

Un bilan humain hors de contrôle, des chiffres impossibles à vérifier

Le 16 janvier 2026, l’ONG Iran Human Rights publie un rapport qui fait l’effet d’une déflagration : 3 428 manifestants tués. L’organisation insiste sur un point essentiel : ce chiffre serait un minimum, car le recensement des victimes est entravé par la situation sur place, la peur des familles, les arrestations, la difficulté d’accès aux hôpitaux et surtout l’absence d’informations fiables. 

Dans ce type de crise, le chiffre officiel n’est pas seulement contesté : il est souvent considéré comme un outil politique, une manière de contrôler le récit et de limiter l’indignation.

Le régime iranien, lui, minimise. Les autorités évoquent des “centaines” de morts, parfois “2 000 à 3 000” au maximum, sans fournir de bilan transparent ni de preuves vérifiables. Une bataille des chiffres qui ressemble à une stratégie classique : semer le doute, saturer l’opinion, rendre toute vérité contestable. 

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Dans ce brouillard, d’autres estimations circulent, beaucoup plus lourdes, évoquant des milliers de disparus. Personne ne peut les confirmer avec certitude, mais le simple fait qu’elles existent montre la gravité de la situation : le pays est devenu une boîte noire, où l’on peut mourir sans que cela apparaisse immédiatement.

Pour beaucoup d’observateurs, ce bilan donne aussi la mesure d’un basculement : la contestation iranienne n’est plus seulement une crise sociale, elle devient une crise de survie. Des familles cherchent leurs proches. Des blessés craignent d’aller se faire soigner. Et ceux qui tentent de témoigner prennent des risques considérables.

Tirs à balles réelles, raids et arrestations : la peur comme méthode

Sur le terrain, les descriptions des ONG et des témoins sont glaçantes. Amnesty International évoque l’usage de balles réelles et des tirs visant des manifestants en fuite. D’autres récits parlent de blessures graves, parfois ciblées, notamment au visage et aux yeux. Ce ne sont plus des scènes de maintien de l’ordre : ce sont des scènes de chasse, où l’objectif semble être de faire taire, d’écraser, d’intimider durablement.

La violence ne s’arrêterait pas aux rues. Des témoignages font état de raids violents jusque dans les hôpitaux, où des blessés auraient été arrêtés. Dans une situation normale, l’hôpital est un refuge. Ici, il devient un piège. La peur s’installe dans les foyers, dans les quartiers, jusque dans les conversations privées. Le simple fait d’avoir participé à une manifestation, ou d’avoir été vu près d’un rassemblement, peut suffire à être ciblé.

Dans ce climat, les arrestations se multiplient. Plusieurs sources évoquent des milliers d’interpellations. Le but, là encore, semble clair : couper la contestation à la racine, neutraliser ceux qui pourraient témoigner, et faire comprendre à la population que le prix à payer est trop élevé. Car au-delà des morts, il y a une autre réalité : celle des détenus, des familles sans nouvelles, des proches qui attendent un appel, un signe, une information.

Le black-out du 8 janvier : le silence comme arme de guerre

Le point de bascule le plus inquiétant intervient le 8 janvier 2026. À partir de cette date, le régime iranien met en place une coupure massive d’Internet. Selon l’organisation NetBlocks, spécialisée dans la surveillance des réseaux, la connexion en Iran serait tombée à environ 1 % de la normale

Autrement dit : presque plus rien. Plus d’images, plus de lives, plus de vidéos qui circulent. Les réseaux sociaux deviennent inutilisables. Les messageries se coupent. Les appels sont compliqués. Les familles à l’étranger n’ont plus de nouvelles. Les journalistes ne peuvent plus vérifier.

Ce black-out n’est pas un détail technique : c’est une stratégie politique. Couper Internet, c’est empêcher les manifestants de se coordonner, mais c’est surtout empêcher le monde de voir. Dans une époque où la preuve passe par l’image, où la vidéo peut déclencher une réaction internationale, le silence numérique devient une arme. Le régime le sait. Et il l’utilise pour reprendre la main sur le récit.

Ce verrouillage transforme chaque information en rumeur potentielle. Chaque chiffre devient incertain. Chaque témoignage est difficile à authentifier. Et dans cette confusion, la peur s’amplifie : si l’on ne peut pas montrer, si l’on ne peut pas prouver, alors l’impunité progresse.

“Ils se sentent abandonnés” : l’Iran seul face à la mort

Derrière les chiffres et les stratégies, il y a une réalité humaine : celle d’un peuple qui se sent seul. Seul face aux forces armées. Seul face à la censure. Seul face à la mort. Les témoignages qui parviennent à sortir du pays racontent un sentiment d’abandon, comme si l’Iran s’était refermé sur lui-même, comme si le monde regardait sans agir.

Dans ce type de crise, l’espoir ne vient pas seulement d’une réaction diplomatique : il vient aussi du fait d’être entendu. Or, avec le black-out, même cette possibilité disparaît. Les familles endeuillées n’ont pas de tribune. Les proches des disparus n’ont pas de relais. Et les victimes deviennent des noms, puis des chiffres, puis parfois plus rien.

Pendant ce temps, le pouvoir judiciaire durcit le ton. Le chef du système judiciaire iranien qualifie les manifestants de “terroristes armés” et promet une répression sans indulgence. Un vocabulaire lourd de sens : il vise à justifier la violence, à la rendre “légitime”, et à préparer l’opinion à des condamnations encore plus sévères.

La communauté internationale, elle, réagit, mais lentement. L’ONU dit être “horrifiée”. Les ONG réclament des enquêtes indépendantes, des sanctions ciblées, des mécanismes pour documenter les crimes. Mais sur le terrain, l’urgence est ailleurs : survivre, se cacher, protéger ses proches, espérer que le téléphone sonne encore. Et surtout, espérer que le silence ne recouvre pas tout.

Car au fond, la question qui hante l’Iran aujourd’hui est simple, brutale, impossible à ignorer : combien de morts faudra-t-il pour que le black-out ne puisse plus cacher l’horreur ?

Et vous, que pensez-vous de cette répression en Iran ? Partagez votre avis dans les commentaires.

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