Clémence contre "vérité" : le coup de poker désespéré de Ghislaine Maxwell

Publié par Stéphane Leduc
le 15/02/2026
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Condamnée à 20 ans de réclusion pour trafic sexuel, l'ancienne complice de Jeffrey Epstein tente une ultime manœuvre en proposant de livrer sa version des faits en échange d'une clémence présidentielle.

L'affaire semblait close, mais Ghislaine Maxwell refuse de s'effacer. Depuis sa cellule, la sexagénaire a lancé une offensive juridique audacieuse qui secoue le Ministère de la Justice américain. En mettant dans la balance des secrets supposés sur les puissants de ce monde, elle espère raccourcir son séjour en prison, au grand dam des victimes qui dénoncent une manipulation grossière.

Une demande officielle de réduction de peine

L'équipe légale de l'ancienne mondaine a franchi une étape décisive ces derniers jours. Selon les informations rapportées par la presse américaine, une demande formelle a été déposée auprès des autorités pour négocier une commutation de peine. Ghislaine Maxwell, qui purge actuellement une sentence de 20 ans de prison pour avoir orchestré le trafic sexuel de mineures au profit de Jeffrey Epstein, pose une condition claire à sa coopération.

Elle propose de livrer ce qu'elle appelle la "vérité non filtrée" sur le fonctionnement du réseau Epstein. Cette offre de transparence totale est présentée par ses avocats comme la seule monnaie d'échange disponible pour obtenir une sortie anticipée de détention.

La promesse de disculper Trump et Clinton

Le contenu de cette proposition a de quoi surprendre les observateurs judiciaires. Plutôt que d'accabler de nouvelles têtes, Maxwell affirme détenir les preuves nécessaires pour innocenter des figures politiques majeures. Sa défense cite nommément les anciens présidents Donald Trump et Bill Clinton, assurant pouvoir les laver de tout soupçon d'implication pénale dans les crimes sexuels du financier défunt.

Cette stratégie provoque une levée de boucliers immédiate. Les avocats des victimes d'Epstein, dont Spencer Kuvin, ont vivement réagi dans les médias, qualifiant cette démarche de "chantage éhonté". Pour les parties civiles, il s'agit d'une tentative désespérée d'acheter sa liberté en recyclant des informations invérifiables, une posture accueillie avec un fort scepticisme par le Ministère de la Justice (DOJ).

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L'ombre de l'interrogatoire mené par Todd Blanche

La crédibilité de cette "vérité" est sévèrement entamée par un précédent notable. Des sources proches du dossier rappellent que Ghislaine Maxwell a déjà été longuement interrogée avant son procès par des hauts fonctionnaires, dont Todd Blanche, figure clé du système judiciaire américain.

À l'époque, ces entretiens n'avaient débouché sur aucune révélation majeure. Les enquêteurs fédéraux avaient conclu que l'accusée ne disposait pas d'éléments suffisamment solides pour justifier de nouvelles poursuites ou pour négocier un accord favorable. Réchauffer ces vieux dossiers semble donc, selon les experts, une voie sans issue.

Les limites de la coopération post-condamnation

Le droit américain est strict concernant la "coopération substantielle" (substantial assistance). Pour qu'un détenu bénéficie d'une réduction de peine, il doit fournir des informations nouvelles, vérifiables et permettant au gouvernement de gagner des procès.

Or, l'offre de Maxwell pose un problème juridique de taille : disculper des individus n'est pas incriminer. Aider à blanchir des réputations ne constitue pas une aide précieuse pour les procureurs fédéraux qui cherchent à condamner des coupables. Les spécialistes du droit pénal interviewés par CBS News considèrent ainsi cette initiative comme une "manœuvre de la dernière chance" vouée à l'échec plutôt qu'une réelle offre de justice.

Le veto moral des victimes

L'obstacle le plus difficile à surmonter reste l'opposition farouche des victimes. Les représentants légaux ont fait savoir qu'aucune réduction de peine ne serait tolérée pour celle qu'ils considèrent comme la clé de voûte du système d'abus mis en place par Epstein.

Politiquement, accorder une clémence dans ces conditions deviendrait toxique. Un président qui signerait une commutation de peine contre l'avis des victimes s'exposerait à un scandale public retentissant, rendant l'opération extrêmement risquée pour l'exécutif.

Un chemin de croix administratif

Il faut distinguer la grâce présidentielle (qui efface le crime) de la commutation (qui réduit la peine). C'est cette seconde option que vise Maxwell. Cependant, la procédure impose un examen rigoureux par le Bureau du Conseil des Grâces du DOJ.

Compte tenu de la faiblesse apparente des "révélations" promises et de la gravité des crimes commis, le rejet par l'administration semble l'issue la plus probable. Sauf coup de théâtre, Ghislaine Maxwell devra se résigner à purger la quasi-totalité de sa peine derrière les barreaux.

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