La justice française perquisitionne X : Musk accuse une "attaque politique"

Publié par Stéphane Leduc
le 04/02/2026
Elon Musk guidant le peuple, allégorie
Autre
Après la perquisition des bureaux de X à Paris, le bras de fer s'intensifie entre la justice française et la plateforme, opposant la liberté d'expression américaine aux régulations européennes.

La tension monte d'un cran entre les autorités françaises et le réseau social d'Elon Musk. Alors que la plateforme revendique une liberté totale héritée de la Constitution américaine, l'Europe entend faire respecter ses lois sur le numérique. Ce conflit ouvert illustre la difficulté d'appliquer une souveraineté nationale sur un géant technologique mondial.

Une escalade judiciaire marquée

L'affrontement a pris une tournure très physique avec la perquisition des locaux parisiens de X, menée le 3 février 2026 par la section de lutte contre la cybercriminalité du Parquet de Paris, en collaboration avec l'Unité nationale cyber de la Gendarmerie et Europol. Cette opération s'inscrit dans une enquête ouverte en janvier 2025 sur des soupçons d'abus d'algorithmes et d'extractions frauduleuses de données, élargie en juillet 2025 pour inclure le fonctionnement de l'IA Grok.

Les magistrats enquêtent sur un spectre large d'infractions, selon le communiqué officiel du Parquet : complicité de détention et de diffusion en bande organisée d'images pédopornographiques (child sexual abuse material), atteinte à la représentation de la personne via deepfakes sexuels non consensuels générés par Grok, contestation de crimes contre l'humanité (négationnisme, dont déni de la Shoah – crime en droit français), extraction frauduleuse et falsification de données/algorithmes en bande organisée, et administration illicite d'une plateforme en ligne.

communiqué du parquet de paris

Ces accusations graves mettent en lumière les défis posés par une IA comme Grok, capable de produire des contenus explicites ou révisionnistes, avec des edge cases comme leur amplification malveillante lors d'événements électoraux ou leur diffusion massive sur la plateforme, potentiellement influençant l'opinion publique ou victimisant des individus vulnérables (femmes, mineurs).

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Dans la foulée, le Parquet a convoqué Elon Musk (propriétaire de X) et l'ex-PDG Linda Yaccarino pour des auditions libres le 20 avril 2026 à Paris, ainsi que plusieurs employés comme témoins. Symboliquement, le Parquet de Paris a annoncé quitter X après la perquisition, invitant ses abonnés à le suivre sur LinkedIn ou Instagram.

La réponse de la firme ne s'est pas fait attendre. Dans une déclaration officielle, X qualifie cette opération d'"acte judiciaire abusif visant à atteindre des objectifs politiques illégitimes". La plateforme estime que cette enquête "porte atteinte à la liberté d'expression" et refuse de se laisser intimider. L'entreprise déploie également une stratégie de défense basée sur l'extraterritorialité : elle reproche aux autorités de cibler une entité française qu'elle juge "étrangère aux faits poursuivis", invitant la justice à utiliser les canaux internationaux pour collecter des preuves aux États-Unis plutôt que de saisir du matériel à Paris.

Elon Musk a réagi vivement sur X, qualifiant l'opération de "political attack" et accusant les autorités françaises d'un "abus théâtral" pour des motifs politiques. Il a détourné l'attention vers des priorités judiciaires plus urgentes en France, comme les violences sexuelles graves, arguant que les ressources devraient y être allouées en priorité.

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Pavel Durov, fondateur de Telegram (arrêté en France en 2024 pour modération insuffisante), a dénoncé la France comme "not a free country", affirmant qu'elle est "le seul pays au monde à engager des poursuites pénales contre les plateformes offrant une liberté d'expression large" (Telegram, X, TikTok).

Ces déclarations, largement relayées, illustrent une solidarité croissante entre entrepreneurs tech contre la régulation européenne, mais soulèvent des edge cases diplomatiques : risque d'escalade transatlantique si Musk refuse de coopérer (potentiellement un mandat d'arrêt international), ou migration d'utilisateurs vers des alternatives moins régulées, augmentant les risques de contenus non modérés.

Un conflit de modèles juridiques

Ce dossier dépasse la simple procédure pénale pour devenir un symbole de la liberté d'expression américaine vs régulation européenne. X s'appuie sur le Premier Amendement de la Constitution américaine (First Amendment), qui offre une protection quasi-absolue à la parole, tolérant la désinformation et certains discours haineux tant qu'ils ne constituent pas une menace directe. La plateforme utilise ce bouclier pour rejeter les tentatives de régulation étrangères, minimisant ses obligations hors de son sol natal.

Face à cette vision libertarienne, l'Union européenne brandit le Digital Services Act (DSA) comme outil de souveraineté. Classé comme "Très Grande Plateforme en Ligne" (VLOP), X doit se plier à des règles strictes depuis fin 2023. L'application du DSA sur la plateforme X impose la gestion des risques systémiques et une transparence accrue. Contrairement aux États-Unis, la France encadre la liberté d'expression pour lutter activement contre la haine en ligne et l'incitation à la violence, s'appuyant sur ce cadre légal communautaire pour justifier son action.

L'enquête reste à ce stade préliminaire, sans mise en examen formelle. Les investigations portent sur un spectre large d'infractions (selon le communiqué du Parquet) : complicité de détention et diffusion en bande organisée d'images pédopornographiques, atteinte à la représentation de la personne via deepfakes sexuels, contestation de crimes contre l'humanité (négationnisme), extraction frauduleuse et falsification de données/algorithmes, et administration d'une plateforme en ligne illicite. Cette perquisition n'est pas isolée : elle s'inscrit dans des enquêtes DSA antérieures (2024-2025) sur X, une vague réglementaire européenne post-Brexit (ex. : enquête UK sur Grok pour violations de données personnelles), et des précédents comme l'arrestation de Durov en 2024, illustrant la quête d'une souveraineté numérique mais au risque de fragmenter l'internet global.

Ce bras de fer soulève des questions éthiques profondes, opposant la liberté d'expression absolue à la protection des vulnérables. La vision libertarienne de X, ancrée dans le Premier Amendement, tolère la désinformation tant qu'elle n'est pas une menace directe, mais pose un problème moral face à des harms concrets : deepfakes sexuels non consensuels victimisant des individus (souvent femmes ou mineurs), diffusion d'images pédopornographiques perpétuant des traumas, ou négationnisme amplifiant l'antisémitisme et contestant la Shoah (crime spécifique en droit français).

Le DSA priorise la prévention des risques systémiques, mais risque une censure excessive où des critiques politiques ou débats historiques pourraient être qualifiés de "haineux". Éthiquement, l'extraterritorialité interroge : est-il légitime d'imposer des normes européennes à une firme américaine ? Cela défend la souveraineté locale contre l'ingérence étrangère (ex. : algorithmes influençant élections françaises), mais pourrait fragmenter internet, poussant contenus et utilisateurs vers des plateformes non régulées (ex. Telegram), augmentant les risques globaux de contenus illicites non traçables.

Des impacts directs pour les utilisateurs

Les conséquences du bras de fer entre X et la France pourraient rapidement se faire sentir sur votre utilisation quotidienne du réseau. Le cœur du conflit réside dans la transparence des algorithmes. Les régulateurs européens exigent de comprendre comment le DSA affecte la modération de X en Europe, notamment la manière dont les contenus sont amplifiés ou recommandés. Pour l'utilisateur, cela doit se traduire par la possibilité de comprendre pourquoi un tweet apparaît dans son fil et, à terme, de choisir un affichage non basé sur le profilage publicitaire.

Au-delà des sanctions DSA (jusqu'à 6 % du CA mondial), l'issue pourrait redéfinir non seulement les obligations de X en Europe, mais aussi les contours d'un internet souverain vs global, influençant la régulation des IA génératives et les rapports transatlantiques sur le numérique. Pour les utilisateurs, cela pourrait signifier une plateforme plus transparente et modérée, mais potentiellement moins "libre" – un équilibre délicat entre protection et expression.

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