Procès du RN : le tribunal de Paris dénonce une "ingérence américaine", faut-il y croire ?

Publié par Matthieu Chauvin
le 06/01/2026
Marine Le Pen
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Le président du tribunal judiciaire de Paris a vivement réagi aux rumeurs de sanctions américaines visant les magistrats français en charge du procès du RN. Peimane Ghaleh-Marzban dénonce une "ingérence inacceptable", alors que l'appel de Marine Le Pen se profile dans quelques semaines. Faut-il vraiment croire à ce type d'allégations ?

C’est une prise de parole aussi rare que solennelle qui a marqué la rentrée judiciaire parisienne. Lors de l'installation des nouveaux magistrats ce mardi, Peimane Ghaleh-Marzban, le président du tribunal judiciaire de Paris, a tenu à répondre fermement aux informations divulguées par la presse allemande. Selon l'hebdomadaire Der Spiegel, révèle Le Figaro, l'administration Trump envisagerait de sanctionner les juges français impliqués dans le procès du Rassemblement national, dont les trois qui ont fait condamner Marine Le Pen en première instance. Mais aussi d'autres fonctionnaires européens, comme ceux en Allemagne qui condamnent le parti d'extrême droite AFD. Tous alimenteraient la censure, d'après le gouvernement américain. Faut-il croire à de telles allégations ?

Une mise en garde solennelle face à Washington

L'affaire dépasse désormais le cadre strictement judiciaire pour toucher à la diplomatie internationale. S'appuyant sur les révélations du magazine allemand, Peimane Ghaleh-Marzban a alerté sur le danger que représentent ces menaces pour l'indépendance de la justice. Si Washington mettait ses plans à exécution, cela reviendrait à une tentative directe d'influencer le cours d'un procès pénal en France. Comme le rappelle La Nouvelle République, cela ferait partie de la "Stratégie nationale de sécurité des États-Unis."

Le président du tribunal a été clair : "Si de tels faits étaient avérés ou devaient se réaliser, ils constitueraient une ingérence inacceptable et intolérable dans les affaires internes de notre pays qui devrait provoquer la réprobation des pouvoirs publics." Qui viseraient à déstabiliser l'institution judiciaire avant même la tenue des débats en appel. Et donc la France.

L'inéligibilité de Marine Le Pen dans le viseur ?

Au cœur de cette tempête diplomatique se trouve le procès en appel de Marine Le Pen pour détournement de fonds européens, prévu du 13 janvier au 12 février 2026. Pour l'administration américaine, et particulièrement la mouvance proche de Donald Trump, les poursuites contre le Rassemblement national sont perçues comme une manœuvre politique visant à éliminer une candidate "patriote".

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La menace de sanctions américaines contre les magistrats du procès RN intervient alors que l'enjeu est colossal pour la triple candidate à la présidentielle. Condamnée en première instance à cinq ans de prison, dont deux fermes, et surtout à une peine d'inéligibilité avec exécution provisoire, Marine Le Pen joue sa survie politique lors de ce second procès. Washington semble vouloir peser de tout son poids pour éviter une condamnation définitive qui l'empêcherait de se présenter en 2027.

Des sanctions déjà appliquées à la CPI

Il ne s'agit pas nécessairement d'un bluff. La crédibilité des menaces de sanctions américaines contre les juges est renforcée par des précédents récents. Comme le soulignent plusieurs observateurs, les États-Unis n'hésitent plus à utiliser l'arme des sanctions extraterritoriales contre des institutions judiciaires qu'ils jugent hostiles.

Dans les documents qui détaillent la "Stratégie nationale de sécurité des États-Unis" selon Der Spiegel, le clan MAGA (Make America Great Again) estime que l'Europe pratique la "censure de la liberté d’expression et d’une suppression de l’opposition politique" et que ses gouvernements, dont ceux de la France ou de l’Allemagne, piétinent "les principes fondamentaux de la démocratie pour réprimer l’opposition."

Le parallèle est frappant avec les mesures prises contre la Cour pénale internationale (CPI). Il y a quelques mois, des sanctions des États-Unis ont visé le juge français de la CPI, Nicolas Guillou, ainsi que d'autres fonctionnaires, en représailles à des enquêtes concernant des ressortissants américains ou israéliens. Ces mesures peuvent être lourdes de conséquences : gel des avoirs financiers, interdiction d'entrée sur le territoire américain (comme c'est désormais le cas pour l'ancien ministre Thierry Breton) et inscription sur des listes noires bancaires.

L'indépendance de la justice menacée, vraiment ?

Cette stratégie de pression pose une question : comment garantir un procès serein si les juges craignent pour leur situation personnelle ? L'ingérence suposée de Washington dans la justice française autour du procès de Marine Le Pen est perçue par les syndicats de magistrats comme une attaque directe contre l'État de droit. 

En ciblant les acteurs de la procédure, l'objectif affiché serait de dissuader les magistrats de prononcer des peines lourdes, notamment l'inéligibilité. Face à ce risque, la déclaration du président du tribunal de Paris vise à ériger un rempart protecteur autour de la cour d'appel, rappelant que la justice française ne se rend pas sous la dictée d'une puissance étrangère. Mais qu'ont vraiment à craindre les magistrats en question de la part des USA ? 

Une ingérence américaine, une vue réaliste ?

On peut aussi se demander si Der Spiegel, média hostile à Donald Trump, n'exagère pas un tantinet la situation. Certes, le président américain, comme son "ex-second" Elon Musk, appellent fréquemment au soutien des partis dits "populistes" en Europe, critiquent la politique migratoire de la France et ne manquent pas une occasion de tancer l'UE sur tout et n'importe quoi en plus de lui imposer une guerre commerciale

Mais, entre la "prise" du Venezuela et l'application de la fameuse "doctrine Monroe" sur les deux continents, Amérique du Nord et du Sud en plus de l'Amérique centrale, la lutte de titans que mène Donald Trump contre la Chine et à un moindre niveau la Russie, les États-Unis ont-ils vraiment le temps perturber le procès en appel du Rassemblement national et de se mêler de la présidentielle de 2027 ? Celle d'un pays considéré comme de second plan ? Il est permis d'en douter.

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