Crans-Montana : des vers marins et du cabillaud utilisés pour soigner les grands brûlés

Publié par Sarah Martin
le 27/01/2026
Crans-Montana : des vers marins et du cabillaud utilisés pour soigner les grands brûlés
Istock
Près d’un mois après l’incendie de Crans-Montana, en Suisse, qui a coûté la vie à 40 personnes et fait plus de 100 blessés, des dizaines de victimes restent hospitalisées. Certains grands brûlés bénéficient de soins innovants, notamment de greffes de peau de cabillaud développées par une entreprise islandaise.

Le bilan est lourd et continue de s'alourdir. L'incendie qui a ravagé le bar Le Constellation à Crans-Montana laisse derrière lui 40 morts et une centaine de blessés, dont beaucoup luttent encore pour leur survie. Face à l'afflux de victimes nécessitant des soins complexes, les hôpitaux suisses ont activé des protocoles novateurs. 

Une mobilisation internationale inédite

Alors que 70 blessés sont toujours hospitalisés, la gravité de leurs brûlures impose des solutions médicales alternatives. Face à l'urgence, une véritable chaîne logistique s'est mise en place entre l'Islande, la France et la Suisse. L'entreprise islandaise Kerecis, avec l'aide des garde-côtes, a acheminé par hélicoptère 14 caisses de peau de poisson pour parer au plus pressé.

"Notre travail prend tout son sens quand on constate que notre technologie et notre contribution ont un impact direct sur le bien-être et les chances de guérison des patients", a déclaré Gudmundur Fertram Sigurjonsson, PDG de Kerecis. En parallèle, la France a accordé une autorisation exceptionnelle permettant à la Suisse de commander un millier de seringues d'un gel innovant conçu par le laboratoire breton Hemarina. Suite à l'incendie de Crans-Montana, des méthodes innovantes sont ainsi déployées massivement pour pallier le manque de greffons traditionnels.

Le cabillaud comme pansement biologique

La première innovation repose sur la valorisation de déchets de pêche. Les peaux de cabillaud, pêchées dans l'Atlantique nord, subissent un nettoyage et une stérilisation rigoureuse pour ne conserver que le derme. Le résultat est une structure souple, très proche de la peau humaine. Cette peau de poisson riche en collagène cicatrisant agit comme un véritable "pansement biologique".

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Contrairement aux pansements synthétiques, cette matrice s'intègre aux tissus du patient. Une étude menée sur 250 diabétiques a d'ailleurs démontré que ce traitement des grands brûlés avec du cabillaud permettait une cicatrisation complète en quatre mois dans près de 50 % des cas, contre seulement 25 % avec un traitement standard. Elle permet surtout, en cas de brûlure étendue, d'étirer la greffe prélevée sur le patient pour couvrir une surface bien plus importante, de l'ordre de 300 cm² par plaque.

Le pouvoir oxygénant du ver marin

L'autre espoir vient de Vendée, où le ver arénicole, célèbre pour ses petits monticules de sable sur nos plages, est élevé dans une ferme unique au monde. Le laboratoire Hemarina exploite les propriétés exceptionnelles de son sang. Grâce à une hémoglobine universelle de ver marin, compatible avec tous les groupes sanguins, ce gel apporte une solution d'oxygénation inédite.

Cette molécule est capable de lier 40 fois plus d’oxygène que l'hémoglobine humaine. L'utilisation du sang de ver marin pour cicatriser la peau permet d'oxygéner les tissus en profondeur, là où la circulation sanguine est détruite. "On répare plus vite la barrière cutanée, donc on diminue les risques d’infection et on va avoir une cicatrisation qui va être de meilleure qualité", explique Élisabeth Leize-Zal, directrice de recherche chez Hemarina.

Des résultats prometteurs pour l'avenir

Bien que coûteux, le gel est facturé 200 € la seringue, ce dispositif représente un espoir immense pour la médecine régénérative. Si la peau de cabillaud était déjà utilisée ponctuellement en Suisse, le gel breton conserve un statut expérimental. La France a d'ailleurs demandé un essai clinique pour ce gel à base de sang de ver afin d'évaluer précisément ses bénéfices avant une éventuelle généralisation.

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