Drame de Crans-Montana : la Suisse "fabrique" de la peau pour les grands brûlés
Depuis le drame qui a frappé la station de Crans-Montana, laissant derrière lui un lourd bilan humain, une autre bataille se joue, plus silencieuse mais tout aussi intense, dans les laboratoires d'Épalinges, révèle Le Figaro. C'est ici que se situe le Centre de production cellulaire (CPC) du Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV), une structure unique sur le continent, désormais sous pression maximale pour offrir une chance de survie aux victimes les plus gravement touchées.
Face à l'afflux de blessés, dont certains souffrent de brûlures sur plus de 60% de leur corps et même jusqu'à 80 %, la médecine traditionnelle atteint ses limites. Pour ces patients, la greffe classique est impossible faute de zone donneuse suffisante. C'est là qu'intervient la haute technologie médicale : le CPC est une véritable usine biologique capable de multiplier les cellules pour recréer une barrière cutanée vitale.
Une mobilisation inédite pour la seule fabrique européenne
Alors que ce laboratoire traite habituellement une vingtaine de dossiers par an, l'événement a bouleversé la cadence. En quelques jours seulement, l'équipe a reçu 15 demandes de fabrication de peau, une situation exceptionnelle rapporte l'AFP.
Pour faire face à cet afflux, le personnel a dû adapter ses horaires. "On travaille sept jours sur sept", confie Laurent Carrez, pharmacien responsable technique au CPC, cité par nos confrères. Ce laboratoire européen est la seule structure de cette envergure capable de répondre à une telle demande simultanée. Cette réactivité est cruciale : la culture cellulaire au CHUV après l'incendie est devenue le dernier espoir pour les victimes dont le pronostic vital est engagé.
Multiplier la surface cutanée par mille
La technique employée relève de la prouesse scientifique. Les médecins prélèvent un minuscule échantillon de peau saine, souvent de la taille d'un timbre-poste. Au-delà de 50 ou 60 % de surface brûlée, "on est obligé de cultiver dans des laboratoires la peau parce qu'on n'y arriverait pas simplement en utilisant la peau saine qui reste", explique le Dr Olivier Pantet, spécialiste des grands brûlés au CHUV.
"À partir de 10 centimètres carrés de peau saine, nous sommes capables de produire entre 1 et 3 lots de 2600 centimètres carrés. Les 2600 centimètres carrés représentent un dos à peu près en termes de surface" indique Laurent Carrez. Cette technique nécessite cependant une patience absolue : les cellules doivent maturer en incubateur. Au terme d'environ trois semaines, on obtient des feuillets translucides et fragiles. Comme le précise Stéphanie Droz-Georget, biologiste au CHUV, ces tissus "n'ont pas de pores et la pilosité y est absente". Si l'aspect esthétique diffère de la peau originelle, la fonction barrière est assurée, et surtout, le procédé limite totalement le risque de rejet de la greffe autologue de peau, puisque les cellules appartiennent au patient lui-même.
La course contre la montre post-opératoire
Une fois les feuillets de peau cultivés, la logistique est cruciale. Le délai de fabrication de la peau pour les grands brûlés impose un timing chirurgical serré : dès que la culture est prête, elle doit être greffée immédiatement sur le patient stabilisé. Mais avant cela, rapporte Le Figaro, "En attendant ces greffes, les médecins peuvent notamment appliquer sur les zones brûlées des pansements hermétiques, des morceaux de peau de donneurs décédés ou de peau de poisson." Selon les experts interrogés par la RTS, le succès n'est jamais garanti à 100%, les médecins se déclarant satisfaits si "80% des greffes prennent" sur les zones lésées.
La suite du parcours est une épreuve d'endurance. Les soins post-opératoires, notamment les changements de pansements, sont si douloureux qu'ils nécessitent souvent une anesthésie générale. De plus, la culture de peau autologue pour les grands brûlés n'est que la première étape d'une reconstruction longue de plusieurs années, impliquant une rééducation intensive pour éviter que la nouvelle peau ne bride les mouvements.