"Compagnon d'emplettes" : ils accompagnent les personnes âgées au supermarchéIllustrationIstock
Et si vous n'étiez plus jamais seul pour faire vos courses au supermarché ? Pour lutter contre l'isolement social des personnes âgées, la plateforme "Compagnon d'emplettes" propose d'accompagner les seniors en magasin. Détails avec Héloise Lamotte, dirigeante du service "Mains d'Argent" et créatrice de l'initiative.
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En 2021, le baromètre de Petits Frères des Pauvres dénombrait pas moins de 530 000 personnes âgées de 60 ans et plus en situation de "mort sociale". C'est plus que le nombre d'habitants à Lyon en 2015. "Le nombre d’aînés isolés des cercles familiaux et amicaux a plus que doublé (+ 122 %), passant de 900 000 en 2017 à 2 millions en 2021", précise l'association. En outre, l'étude révèle que 3,6 millions de personnes âgées sont exclues du numérique, ce qui complique le maintien d'un lien social. 

Héloise Lamotte, directrice de la société de services aux entreprises "Mains d'argent", est partie de ce constat simple pour créer la plateforme "Compagnon d'emplette". "Aujourd'hui, malheureusement, on a beaucoup de seniors en France qui souffrent d'isolement social dès 60 ans. Ces personnes ont tendance à aller dans les grandes surfaces alimentaires, parfois plusieurs fois par jour, pour maintenir un peu de lien social", explique-t-elle.

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Un service gratuit pour lutter contre l'isolement social

De l'autre côté, Héloise Lamotte a constaté que les grands distributeurs faisaient face à des clients de plus en plus exigeants et volatiles. "Fidéliser la clientèle nécessite plus d'efforts que dans les décennies précédentes", commente la directrice de "Mains d'argent".  C'est ainsi que "Compagnon d'emplette" fut créé. "C'est un service qui permet aux personnes âgées de sortir de chez elles, de bénéficier de la compagnie gratuite d'aidants et d'étudiants rémunérés, les fameux 'compagnons d'emplette' !", article Héloise Lamotte. Mais comment ce service fonctionne-t-il ?

L'isolement social, un "handicap invisible" ?

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Grâce à un canal d'acquisition commercial B2B, "Compagnon d'emplettes" se développe dans les supermarchés volontaires. "On lance un partenariat, on recrute une équipe, puis on définit des créneaux selon la formule choisie pendant lesquels les compagnons vont être à la disposition des clients à l'accueil", indique Héloise Lamotte. Avant de poursuivre : "Notre positionnement premier, c'est vraiment le social. On a des seniors de 60 à 90 ans qui nous sollicitent : c'est un handicap invisible, on veut montrer qu'on peut aller bien physiquement sans avoir de vie sociale. Grâce à cette compagnie-là, on va également les aider dans les tâches plus physiques comme porter des packs d'eau". 

"Compagnon d'emplettes" est un service disponible dans une vingtaine de supermarchés partenaires (E.Leclerc, Cora, Intermarché, Hyper U...) en France, avec plus de 850 accompagnements effectués par 150 compagnons tous les mois. Selon la directrice de "Mains d'argent", la formation des compagnons d'emplettes se base sur beaucoup de savoir-être. "On va les mettre en situation, faire des simulations pour tester leurs soft skills, et une fois qu'ils sont formés on continue à les coacher pour qu'ils montent en compétence", note Héloise Lamotte.

Qu'en pensent les seniors qui ont participé ? 

L'impression d'être avec un petit-enfant

Les seniors qui ont déjà bénéficié de ce service "ont l'impression d'être avec un petit-fils ou une petite-fille", assure Héloise Lamotte. "D'autres viennent exprès au magasin pour profiter du service, on a également des couples qui viennent car parfois on en a un peu marre d'être toujours à deux", poursuit-elle. 

Sur un postInstagram, une senior témoigne : "Nous avons discuté de cuisine, de sport, de nos enfants. C'était tellement agréable de pouvoir parler à une inconnue comme si c'était un membre de ma famille". Un pari réussi, donc !

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Concernant les compagnons d'emplette, Héloise Lamotte explique : "Au-delà de l'aspect financier, c'est surtout un job qui va valoriser des compétences notamment dans la force de persuasion et dans l'écoute, qui ne se retrouvent pas dans les jobs alimentaires". Une recette "gagnant-gagnant" aussi bien pour les supermarchés, les compagnons d'emplette et, naturellement, les seniors. 

Pour conclure, Héloise Lamotte insiste sur la volonté de rendre les seniors fiers d'être agés, pour chasser la honte d'avoir besoin de maintenir un lien social.