Propos racistes : le maire LFI de Saint-Denis demande la fermeture de CNews

Publié par Matthieu Chauvin
le 02/04/2026
Bally Bagayoko
abacapress
© Paoloni Jeremy/ABACA
Quelques jours après l'élection de Bally Bagayoko à la mairie de Saint-Denis, une séquence diffusée sur CNews provoque une vive indignation nationale et pousse le gouvernement à agir. L'édile demande la fermeture pure et simple de la chaîne. Mais il n'est pas le premier...

Élu à la surprise même de son camp dès le premier tour avec 50,77 % des suffrages aux élections municipales de mars 2026, le nouvel édile insoumis de Saint-Denis-Pierrefitte crie au racisme. Des déclarations à son encontre tenues sur la chaîne d'information en continu ont fait scandale. Entre plaintes pénales, mobilisation politique massive et saisine des autorités, cette affaire prend une ampleur institutionnelle inédite.

Une comparaison choquante dénoncée par la classe politique

Le 27 mars 2026, un débat analysant les premiers pas de Bally Bagayoko a rapidement dégénéré sur le plateau de CNews. Selon les images largement partagées, le psychologue Jean Doridot a affirmé : "C'est important de rappeler que l'homo sapiens, nous sommes des mammifères sociaux et de la famille des grands singes. Et par conséquent, dans toute collectivité, dans toute tribu [...] il y a un chef qui a pour mission d'installer son autorité."

La cible de ces propos dénonce immédiatement une attaque d'un "racisme crasse." Dès le 29 mars, Bally Bagayoko annonce sa volonté de porter plainte et réclame une "justice beaucoup plus franche." Le maire va même plus loin en réclamant publiquement la fermeture pure et simple de la chaîne d'information.

Le tollé gagne rapidement les bancs de l'Assemblée nationale. D'après l'AFP, la cheffe de file des députés LFI Mathilde Panot a saisi l'Arcom en pointant une "déferlante raciste d'une violence inouïe." Le député Thomas Portes s'est appuyé sur l'article 40 du code de procédure pénale pour alerter le procureur de la République. Pour exiger le retrait de CNews, un grand rassemblement citoyen est organisé le samedi 4 avril 2026 devant l'hôtel de ville dionysien.

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L'exécutif engage une procédure pénale exceptionnelle

Le dossier prend une tournure rarissime avec l'implication directe des plus hauts sommets de l'État. Le 31 mars 2026, le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez s'est exprimé devant la représentation nationale pour condamner des déclarations "ignobles." Dans la foulée, le Premier ministre Sébastien Lecornu confirme que l'État va se constituer partie civile, une décision forte qui souligne la sévérité accordée à l'événement.

Le ministère de la Justice fait actuellement expertiser l'enregistrement afin de déterminer la qualification exacte des faits, hésitant entre l'injure publique et la provocation à la discrimination raciale. Laurent Nuñez insiste sur la nature pénale du dossier : "Le racisme, qui n'est pas une opinion, qui est un poison, et c'est bien de cela dont il s'agit, c'est un délit pénal qui est souvent une circonstance aggravante."

Cet épisode vient assombrir le passif judiciaire du média de Vincent Bolloré. CNews avait déjà essuyé une mise en demeure de l'Arcom le 17 décembre 2025 pour des déclarations jugées stigmatisantes sur l'immigration.

Des sanctions sévères menacent CNews

Le gendarme de l'audiovisuel examine avec attention l'émission incriminée. Face à la répétition des polémiques et aux précédentes mises en demeure, l'autorité de régulation pourrait frapper fort. La chaîne s'expose à de lourdes sanctions financières ou risquerait même une suspension provisoire de son temps d'antenne.

De son côté, la direction de CNews repousse fermement les accusations de racisme. Par voie de communiqué, elle fustige une "polémique infondée" en expliquant que l'analyse de Jean Doridot relevait strictement de l'"éthologie", la science du comportement animal et humain. Le média estime que les phrases ont été "délibérément déformées" par ses détracteurs.

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