Jean-Claude Dassier écarté de Cnews pour des propos jugés racistes
Nouveau séisme médiatique pour le groupe Bolloré. Habitué des débats houleux, le chroniqueur Jean-Claude Dassier, ancien directeur de l'information de LCI, a cette fois dépassé les bornes de la légalité lors d'un direct. Face au tollé immédiat et aux risques de lourdes sanctions administratives, la direction de la chaîne a pris une décision radicale pour tenter d'éteindre l'incendie. Il a été écarté "jusqu'à nouvel ordre" a-t-on appris ce 4 mars dans un communiqué.
Le direct de trop : la séquence qui a scellé le sort de Jean-Claude Dassier
Tout s'est joué lors d'une émission de débat diffusée en direct le 2 février 2026. Alors que les échanges portaient sur le traitement judiciaire des ressortissants étrangers condamnés, Jean-Claude Dassier a prononcé une phrase d'une violence inouïe. "On les jette en… on les met en Méditerranée, on les met où ? L’Algérie n’en veut pas, la Tunisie n’en veut pas, le Maroc n’en veut pas", a-t-il déclaré sans détour.
Sur le plateau, la stupéfaction a été immédiate. Le présentateur Gautier Le Bret, très mal à l'aise, a tenté de reprendre la main pour recadrer son chroniqueur en lui rappelant le cadre strict de la loi française, soulignant qu'une telle affirmation s'apparentait à une incitation explicite à la violence physique : "C’est horrible ce que vous dites (…), vous racontez n’importe quoi (…), vous ne pouvez pas dire ça, à la télévision, on les jette dans la Méditerranée, vous vous rendez compte de ce que vous dites ?" Mais la séquence, isolée et relayée sur les réseaux sociaux, est devenue virale en quelques minutes.
La réaction du groupe n'a pas tardé. Dans un communiqué laconique publié peu après l'incident, la direction de CNews et Europe 1 a annoncé la mise en retrait immédiate de l'ancien président de l'Olympique de Marseille de toutes les antennes du groupe, actant une rupture brutale avec l'une de ses figures historiques. Il avait immédiatement mais vainement essayé de s'accrocher aux branches : "C’était une façon de dire qu’il faut réexpédier tout ça (sic) dans les pays d’origine."
Le décryptage : un passif lourd et une pression accrue de l'Arcom
Ce n'est pas la première fois que Jean-Claude Dassier se trouve au cœur d'une polémique. En 2022, il avait déjà affirmé sur la même chaîne que "les musulmans s'en foutent de la République." À l'époque, ces propos avaient valu une mise en demeure de la chaîne par le régulateur. Cette fois, la ligne franchie est plus grave.
Juridiquement, l'appel à "jeter en Méditerranée" des individus tombe sous le coup de l'article 24 de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse. Il ne s'agit plus ici d'une opinion controversée, mais d'une provocation directe à la haine ou à la violence envers des personnes en raison de leur origine, ce qui constitue un délit pénal.
Ce dérapage intervient dans un contexte explosif pour le canal 16 : celui du renouvellement des fréquences TNT. L'Arcom (Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique) a considérablement durci le ton. Suite à une décision du Conseil d'État du 13 février 2024, le gendarme de l'audiovisuel doit veiller plus strictement au respect du pluralisme et de l'ordre public. Pour CNews, maintenir à l'antenne un chroniqueur appelant au meurtre représentait un risque stratégique majeur pour sa survie.
Quelles conséquences pour le média et pour le chroniqueur ?
L'affaire dépasse désormais le simple cadre médiatique pour Jean-Claude Dassier. Le chroniqueur s'expose à un risque judiciaire réel. Plusieurs associations de défense des droits de l'homme ont annoncé leur intention d'effectuer des signalements, ce qui pourrait conduire à l'ouverture d'une enquête pour provocation publique à la haine raciale.
Pour la chaîne, l'enjeu est avant tout financier et administratif. L'Arcom dispose d'un pouvoir de sanction dissuasif en cas de défaut de maîtrise de l'antenne. En 2023, le régulateur avait déjà infligé une amende record de 3,5 millions d'euros à C8, chaîne du même groupe, pour des manquements répétés. Une nouvelle amende pourrait théoriquement atteindre jusqu'à 3% du chiffre d'affaires de la chaîne.
Cette éviction rapide marque probablement la fin d'une ère de "provocation totale" sur ces antennes. La réaction fulgurante du groupe Bolloré est interprétée par les observateurs comme une volonté absolue de protéger ses licences de diffusion face à un régulateur de plus en plus vigilant.
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