Budget 2026 : débats suspendus, le gouvernement prépare le passage en force
La crise politique a franchi un nouveau cap à l'Assemblée nationale. Jeudi 15 janvier, le gouvernement a pris une décision radicale en annulant purement et simplement les séances prévues ce jour ainsi que lundi prochain, a révélé l'AFP. Le Premier ministre Sébastien Lecornu a acté l'impossibilité d'avancer, renvoyant la suite des hostilités au mardi 20 janvier 2026.
Cette pause forcée vise à laisser le temps à l'exécutif de trancher sur la "bonne" méthode pour faire adopter le budget 2026 alors que les oppositions sont accusées de bloquer tout compromis. Matignon fustige un "sabotage continu" de la part des députés du Rassemblement national (RN) et de La France insoumise (LFI), citant notamment le vote d'un amendement supprimant 4,9 milliards d'euros de dotations aux collectivités. Marine Le Pen a violemment réagi sur son compte X, dénonçant le mensonge des partis du socle commun, dont les députés ont pour " seul objectif, empêcher que de nouvelles élections législatives puissent se tenir."
Un constat d'échec face au blocage parlementaire
L'annonce de la suspension des débats n'a pas surpris grand monde dans l'hémicycle. Selon les services du Premier ministre, la tournure des événements rendait "impossible l'adoption d'un budget par un vote." L'exécutif pointe du doigt une alliance de circonstance des oppositions qui dénature le texte initial au point de le rendre inapplicable.
Le point de rupture a été atteint avec l'adoption d'amendements jugés irresponsables par la majorité, bouleversant l'équilibre financier de l'État. En réaction, Sébastien Lecornu doit mettre à profit ce week-end de trois jours pour retravailler sa copie. Il est attendu que le Premier ministre présente des propositions mardi, jour où le sort des finances publiques de la France sera scellé.
49.3 ou ordonnance : les deux armes de l'exécutif
Devant les députés, la ministre des Comptes publics, Amélie de Montchalin, a joué la carte de la transparence en confirmant qu'il y a "deux options devant nous : le 49.3 ou une ordonnance." Le choix du gouvernement entre 49.3 ou ordonnance n'est pas qu'une question technique, c'est une décision politique lourde de conséquences.
Comprendre la différence entre ordonnance budgétaire et 49.3 est essentiel pour saisir les enjeux de la semaine prochaine :
- le 49.3 (article 49 alinéa 3) engage la responsabilité du gouvernement. Il permet de faire passer le texte sans vote, mais expose le Premier ministre à une motion de censure qui, si elle est adoptée, renverse le gouvernement ;
- l'ordonnance (article 47) est une procédure plus rare et technique. Si le Parlement ne s'est pas prononcé dans un délai de 70 jours, le gouvernement peut mettre en vigueur le budget par ordonnance. L'avantage pour l'exécutif est d'appliquer sa copie initiale, expurgée des amendements indésirables, sans risquer une chute immédiate.
Éviter la censure : la stratégie de la dernière chance
Le recours aux ordonnances, bien que constitutionnel, est perçu comme une déclaration de guerre par une partie de l'hémicycle. Des élus du Parti socialiste ont déjà prévenu qu'ils considéreraient cette option comme une brutalité démocratique, menaçant de joindre leurs voix à une motion de censure. C'est tout le paradoxe pour Sébastien Lecornu : utiliser l'article 47 pour sécuriser le texte pourrait précipiter la chute de son gouvernement.
Dans les faits, ce report des discussions décale mécaniquement l'ensemble du calendrier législatif. Alors que l'exécutif espérait une promulgation rapide, le délai d'adoption du budget 2026 vers la mi-février semble désormais être l'hypothèse la plus optimiste. Si le gouvernement est renversé, les conséquences de la non-adoption du Budget 2026 seraient immédiates, plongeant le pays dans l'incertitude financière et obligeant à des mesures d'urgence pour assurer la continuité de l'État.