Livret A : peut-on utiliser celui de son enfant pour faire fructifier son argent ?

Publié par Matthieu Chauvin
le 08/01/2026
épargne enfant
Istock
Le Livret A, avec son taux garanti et son exonération d'impôts, est tentant pour placer un surplus d'épargne. Mais si vous avez atteint le plafond de 22 950 euros, est-il possible d'utiliser celui de votre enfant pour continuer à faire fructifier votre argent ? Contrairement à une idée reçue, la loi est très stricte et la somme déposée est considérée comme un don définitif, ce qui expose le parent à des sanctions.

C'est un réflexe qui semble relever du bon sens pour de nombreux épargnants français. Une fois votre propre Livret A rempli jusqu'à la limite légale, l'idée d'ouvrir ou d'alimenter celui de votre progéniture pour y stocker vos économies supplémentaires paraît ingénieuse. Après tout, cet argent reste dans la famille, n'est-ce pas ?

Pourtant, cette pratique courante repose sur une incompréhension fondamentale du droit de propriété au sein du foyer. Loin d'être une simple formalité administrative, ce geste a des conséquences juridiques immédiates et potentiellement lourdes. On fait le point sur ce que vous avez réellement le droit de faire.

À qui appartient réellement l'argent : la règle du don irrévocable

Le malentendu commence souvent dès le premier virement. Beaucoup de parents considèrent le compte de leur enfant comme un "vase communicant" temporaire. Or, juridiquement, la réalité est tout autre. Dès l'instant où des fonds sont déposés sur le compte d'un mineur, ils deviennent sa propriété exclusive et définitive.

Comme le rappelle Meilleurtaux, tout versement est qualifié de donation, même si l'enfant n'est qu'un bébé. Cela signifie que l'argent ne vous appartient plus. Vous ne pouvez pas simplement le récupérer plus tard pour financer un projet personnel ou combler un découvert.

Certes, les parents exercent l'administration légale des biens. Cependant, la gestion de l'épargne d'un enfant mineur par les parents ne signifie pas qu'ils en ont la libre disposition. D'après MoneyVox, cette distinction est cruciale : vous gérez son patrimoine pour son compte, pas pour le vôtre.

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Utilisation des fonds : ce que la loi autorise (et interdit)

Si l'argent est bloqué, à quoi sert-il ? Le Code civil encadre strictement l'usage de ces sommes. En tant qu'administrateurs légaux, vous avez le devoir d'agir uniquement dans l'intérêt de l'enfant. Les retraits sont autorisés s'ils financent son éducation, son entretien ou des dépenses qui lui sont directement profitables.

En revanche, l'utilisation du Livret A de son enfant à des fins personnelles est proscrite. Payer vos propres factures, financer votre déménagement ou éponger vos dettes avec l'argent du petit dernier constitue, aux yeux de la loi, un détournement de fonds. Comme le souligne Service-Public.fr, c'est un abus de droit.

Il existe toutefois une nuance importante : la jouissance légale. Jusqu'aux 16 ans de l'enfant, les parents ont le droit d'utiliser les intérêts générés par le capital (et non le capital lui-même), mais là encore, uniquement pour les besoins du mineur ("en guise de compensation des frais de soin et d'éducation" précise par exemple MoneyVox. Tout retrait d'argent sur le Livret A d'un mineur qui toucherait au capital sans justification liée à l'enfant est illégal.

Risques juridiques : votre enfant peut-il se retourner contre vous ?

Cela peut sembler impensable pour une famille unie, mais les conflits sur l'héritage financier surviennent fréquemment à l'âge adulte. Les conséquences juridiques pour l'argent du Livret A d'un mineur mal géré sont bien réelles. Une fois majeur, votre enfant est en droit de vous demander des comptes sur la gestion de son patrimoine durant sa minorité.

S'il constate que son compte a été vidé, il dispose de cinq ans après sa majorité pour exiger le remboursement des sommes prélevées indûment. Les tribunaux tranchent régulièrement en faveur des enfants spoliés. De plus, la vigilance des banques s'accroît. Un arrêt de la Cour de cassation datant de juin 2025 a renforcé la responsabilité des établissements bancaires, leur imposant de vérifier l'accord des deux parents pour les retraits importants, afin d'éviter tout abus, rapporte Capital.

Alors, face au plafond du Livret A atteint, comment épargner plus sans risquer de lourdes sanctions pour l'utilisation du Livret A enfant ? La solution la plus sage reste de se tourner vers d'autres produits réglementés à votre nom, comme le Livret de Développement Durable et Solidaire (LDDS) ou, si vos revenus le permettent, le Livret d'Épargne Populaire (LEP). Ces options vous garantissent la sécurité de vos fonds sans vous exposer à des litiges familiaux futurs.

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