Impôts : pourquoi le paiement par chèque sera supprimé dès 2027
Cette réforme marque un tournant historique dans les relations entre les contribuables et le Trésor public. Alors que l'usage de ce moyen de paiement s'effondre d'année en année, le ministère de l'Économie accélère la transition numérique pour rationaliser les coûts de traitement et renforcer la sécurité des transactions financières de l'État.
Un calendrier d'interdiction accéléré
Le couperet tombe d'abord sur les professionnels. Un amendement au Budget 2026, adopté le 2 février dernier, interdit formellement aux entreprises de régler le Trésor public par chèque, une mesure ciblant notamment le paiement de l’Impôt sur les Sociétés. Cette nouvelle règle entrera en vigueur dès la promulgation de la loi de finances, attendue pour la fin février ou le début du mois de mars.
Les particuliers bénéficient d'un sursis relatif, avec une échéance progressive fixée jusqu'à l'été 2027. Le ministère de l’Économie précise que si le but est d'amener l'ensemble des ménages vers d'autres moyens de paiement d’ici cette date, il restera possible, pour les contribuables les plus réfractaires au numérique, d’effectuer des règlements par chèque directement aux guichets locaux des finances publiques.
Cette transition forcée s'aligne sur la fermeture des infrastructures de gestion. Après la suppression des centres de traitement de Créteil et Lille en 2023, l'administration fermera ses deux derniers sites de recouvrement, situés en Bretagne, en septembre 2027. La directrice de la DGFiP justifie cette stratégie en affirmant avoir "donné la priorité à d’autres investissements, et choisi d’accélérer la décrue du chèque".
Le fisc tourne le dos au papier
La décision de Bercy repose sur un constat comptable implacable : le chèque est devenu un moyen de paiement marginal et onéreux. Selon les données de la Direction générale des finances publiques (DGFiP), seulement 33 millions de chèques ont été encaissés en 2025, contre 39 millions l'année précédente, marquant une chute vertigineuse de plus de 75% en onze ans. Aujourd'hui, ce format ne représente plus que 4,5% des opérations adressées aux services de l’État et à peine 1% des montants perçus.
Le maintien de ce système pèse lourdement sur les finances de l'administration. Le gouvernement souligne que le traitement des chèques génère 30% des coûts de gestion pour seulement 5% des opérations fiscales. L'objectif affiché est donc d'"accompagner l’extinction" de ce support pour optimiser les deniers publics.
L'argument sécuritaire pèse également dans la balance. Le ministère assure que "c’est aussi sécurisé de payer en ligne", chiffres à l'appui. Le dernier rapport de l’Observatoire de la sécurité des moyens de paiement (OSMP) de la Banque de France révèle qu'au premier semestre 2025, le taux de fraude par chèque atteignait 0,071% (71 euros détournés pour 100 000 euros), contre seulement 0,0014% pour les virements classiques.
Des alternatives numériques et physiques à privilégier
Pour compenser cette disparition, l'administration fiscale entend "développer les moyens dématérialisés pour les factures locales", qui constituent encore "l’immense majorité" des chèques reçus. Des campagnes de communication seront lancées pour familiariser les usagers avec les options existantes.
Les contribuables disposent déjà de plusieurs solutions immédiates. Le paiement en ligne via la plateforme PayFip ou sur l'espace "Mon espace Finances Publiques" du site impots.gouv.fr reste la voie royale. Le virement bancaire et le Titre Interbancaire de Paiement (TIP SEPA), présent sur l’avis d’imposition, demeurent des alternatives fiables. Pour ceux attachés au paiement physique, le règlement en espèces ou par carte bancaire est possible chez les buralistes agréés, dans la limite de 300 euros.
L'offre de paiement va encore s'étoffer. Bercy prévoit de renforcer le service PayFip, qui permet de se connecter directement à sa banque pour valider un virement prérempli. À l'horizon de deux ans, le ministère mise sur le déploiement généralisé de Wero, le nouveau standard européen de virement instantané, pour fluidifier davantage les encaissements.
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