Affaire Adama Traoré : la justice valide définitivement le non-lieu
Après près de dix ans de batailles juridiques acharnées, le dossier emblématique des violences policières est désormais clos au niveau national. Si cette décision éteint toute possibilité de procès en France, la famille du défunt refuse d'abdiquer et a déjà annoncé son pourvoi devant une instance supranationale.
Une décision judiciaire irrévocable
La décision est tombée ce 11 février 2026. La chambre criminelle de la Cour de cassation a rejeté le pourvoi formé par la famille Traoré, validant ainsi définitivement l'ordonnance de non-lieu pour les trois gendarmes ayant interpellé le jeune homme. Comme le rapporte Le Parisien, cet arrêt met un terme absolu à près de dix années de procédure devant l'ordre judiciaire français.
Ce verdict n'est pas une surprise totale, mais il scelle un long parcours procédural. Le non-lieu initial, prononcé en août 2023, avait déjà été confirmé par la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Paris en mai 2024. Le pourvoi en cassation constituait, selon TV5 Monde, l'ultime recours possible dans l'Hexagone pour espérer voir les militaires jugés pour homicide involontaire.
La thèse du coup de chaleur validée
Au cœur de ce dossier explosif se trouve la cause du décès d'Adama Traoré, survenu le 19 juillet 2016 dans la caserne de Persan, après une course-poursuite par une température de 37°C. La justice s'appuie sur des expertises médicales attribuant la mort à un « coup de chaleur ». Toutefois, les magistrats ont introduit une nuance relevée par CNews : ce coup de chaleur n'aurait « probablement » pas été mortel sans l'interpellation.
Pour autant, les juges considèrent que les gestes des gendarmes, notamment le plaquage ventral, sont restés « dans le cadre de la loi ». Cette lecture est vivement contestée par le « Comité Vérité et justice pour Adama ». Assa Traoré et ses soutiens accusent les militaires d'avoir causé la mort par ces techniques d'immobilisation et dénoncent une non-assistance à personne en danger. Un autre point de friction majeur, souligné par La Croix, reste le refus constant de la justice d'organiser une reconstitution des faits, acte pourtant réclamé avec insistance par les parties civiles.
Un nouveau front judiciaire européen
En suivant les réquisitions du parquet général, la Cour de cassation confirme l'absence de charges suffisantes pour renvoyer les gendarmes devant un tribunal. Cette décision marque la fin de l'espoir d'un procès en France, mais pas la fin du combat pour les proches. Me Yassine Bouzrou, l'avocat de la famille, a immédiatement réagi en annonçant la saisine de la Cour européenne des droits de l'Homme (CEDH).
L'objectif affiché est désormais de « faire condamner la France », comme l'indique La Provence. La juridiction strasbourgeoise devra examiner si l'enquête menée par les autorités françaises a respecté les standards européens, notamment le droit à la vie. Ce dossier, devenu un symbole politique et social, continue d'alimenter le débat sur les méthodes d'interpellation au sein des forces de l'ordre, bien que le volet pénal national soit désormais archivé.
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