Corruption : la France (score 66) est-elle meilleure que les États-Unis, ou juste plus silencieuse sur ses propres affaires ?
L'heure est au bilan et il n'est pas glorieux pour les démocraties occidentales. Publié ce 10 février 2026, le rapport annuel de l'ONG Transparency International jette une lumière crue sur l'état de la probité publique mondiale. Si l'attention se porte souvent sur les régimes autoritaires, ce sont bien les piliers du "monde libre" qui vacillent cette année, remettant en cause leur exemplarité et la confiance de leurs citoyens.
Un constat alarmant pour les démocraties
L'Indice de Perception de la Corruption (IPC) de Transparency International (TI) tire la sonnette d'alarme sur le « déclin du leadership » mondial. Les bastions démocratiques traditionnels ne sont plus épargnés : le Canada, le Royaume-Uni et la France affichent des résultats en stagnation ou en recul. Selon l'ONG, cette tendance sape la lutte mondiale contre la corruption en normalisant les écarts de conduite au sommet des États.
Le signal d'alarme américain
Outre-Atlantique, la situation se dégrade visiblement. Les États-Unis obtiennent un score de 64/100, enregistrant ainsi leur plus mauvaise performance depuis la refonte de la méthodologie du classement en 2012. Ce chiffre traduit une érosion institutionnelle profonde et un système de contre-pouvoirs qui peine à endiguer les conflits d'intérêts.
La France à portée de tir
L'Hexagone ne peut guère se réjouir des déboires de son allié. Avec un score de 66, la France ne conserve qu'une avance infime de deux points sur les États-Unis. TI qualifie cette proximité de « recul inquiétant ». Plus grave encore, la note française place le pays nettement en dessous de la moyenne des nations considérées comme des « démocraties complètes », qui se situe aux alentours de 73/100.
Une avalanche de scandales politiques
Ce déclassement s'explique par un climat de défiance généralisé. TI pointe du doigt l'accumulation d'affaires impliquant des décideurs de premier plan. Depuis 2017, pas moins de 26 ministres ou proches collaborateurs ont été cités dans des dossiers politico-financiers. L'impact médiatique de ces affaires est dévastateur, à l'image de la condamnation définitive d'un ancien président de la République pour corruption et trafic d'influence fin 2024.
Des faiblesses institutionnelles structurelles
Le sentiment d'impunité est renforcé par l'abandon progressif de la « jurisprudence Balladur », qui voulait qu'un ministre mis en examen démissionne. Le maintien en fonction de responsables inquiétés par la justice brouille les repères éthiques. Par ailleurs, l'opacité des relations entre le pouvoir et les lobbies, illustrée par les récents dossiers Nestlé Waters ou l'affaire des crèches privées, inquiète l'opinion. Pour Transparency International France, le constat est sans appel : le pays « risque de perdre le contrôle de la corruption ».
Un PNF sous haute tension
Si la justice s'active, elle le fait avec des ressources limitées. Le Parquet National Financier (PNF), créé en 2014, affiche une activité « particulièrement soutenue » avec 771 procédures en cours fin 2025. Pourtant, TI France juge les moyens alloués à cette institution « notoirement insuffisants », rappelant qu'ils restent inférieurs aux promesses initiales. Chaque magistrat du PNF doit gérer environ 40 procédures complexes simultanément, une charge de travail colossale.
Le spectre d'une justice sélective
Cette surcharge structurelle a des conséquences directes. Pour ne pas s'effondrer, le parquet est contraint de prioriser les dossiers les plus graves et de « classer beaucoup » d'affaires, créant un silence de fait sur la petite et moyenne délinquance financière. Certains observateurs craignent également que l'État ne privilégie une justice de rendement, focalisée sur les amendes lucratives plutôt que sur l'assainissement complet de la vie publique.
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