Voyage à Auschwitz : le selfie honteux des élus parisiens dans l'avion

Publié par Matthieu Chauvin
le 27/01/2026
Auschwitz entrée
Istock
Un selfie de groupe tout sourire, posté par l'adjoint à la maire de Paris Jean-Luc Romero-Michel dans l'avion menant à Auschwitz, a déclenché une vive polémique sur l'indécence de la démarche. D'autant qu'il a été publié sur ls réseaux sociaux, accompagné de légendes qui en renforcent l'indécence. Ses excuses suffiront-elles ?

Ce cliché, destiné à être éphémère, laissera une trace durable. Alors qu'une délégation d'élus parisiens s'envolait pour un déplacement officiel en Pologne, une publication sur Instagram a suffi pour éclipser la solennité de l'événement. La photo montre Jean-Luc Romero-Michel, adjoint à la maire de Paris, aux côtés d'Anne Hidalgo et d'autres collaborateurs, affichant de larges sourires dans la cabine de l'avion. Une image de convivialité classique sur les réseaux sociaux, mais qui a choqué par son décalage avec la destination finale du vol : le camp d'extermination d'Auschwitz-Birkenau.

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Un cliché festif avant un voyage tragique

L'image a été partagée en "story" sur le compte personnel de l'adjoint en charge des droits humains, accompagnée de la légende : "Départ pour la visite des camps de la mort d'Auschwitz-Birkenau, avec Anne Hidalgo" avant d'être supprimée. Ce qui devait être un témoignage de l'engagement municipal s'est transformé en incident de communication majeur. Ce voyage mémoriel a viré à la polémique en raison du contraste saisissant entre l'attitude décontractée des élus et l'horreur historique des lieux qu'ils s'apprêtaient à visiter.

Ce déplacement, organisé par le Mémorial de la Shoah, s'inscrivait pourtant dans une démarche éducative et commémorative essentielle, à l'approche de la Journée internationale dédiée à la mémoire des victimes de l'Holocauste. Pour rappel, ce site a été le théâtre de l'assassinat de 1,1 million de personnes. La légèreté apparente du selfie a donc été perçue par de nombreux internautes et observateurs comme un manque de respect flagrant envers les victimes, transformant un devoir de mémoire en une mise en scène jugée narcissique.

Une dissonance mémorielle pointée du doigt

Les réactions n'ont pas tardé à pleuvoir, émanant tant de la sphère politique que de la société civile. La sénatrice Nathalie Goulet a notamment exprimé son indignation sur le réseau social X (anciennement Twitter), fustigeant l'attitude des élus : "Souriez souriez ! Mais quelle indignité ! On attend les selfies avec impatience", rapporte Valeurs Actuelles. Au-delà de l'indignation immédiate, cet épisode soulève une question de fond sur l'usage des outils numériques dans des contextes sacrés.

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L'ancien journaliste Bruno Tranchant a analysé la situation en évoquant une "mise en scène indécente", illustrant une forme de dissonance mémorielle liée au selfie sur les réseaux sociaux. Selon lui, "la mémoire exige de la retenue", une sobriété incompatible avec les codes de l'autopromotion instantanée. Les réactions politiques soulignent cette fracture : là où l'élu voyait probablement un partage d'information sur son agenda, le public y a vu une déconnexion totale avec la gravité de l'Histoire.

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Reconnaître l'erreur face à la haine

Face à l'ampleur du tollé, la réaction de l'adjoint a été rapide. La publication a été supprimée et des excuses publiques ont été formulées. Jean-Luc Romero-Michel a tenté de désamorcer la crise en plaidant la maladresse plutôt que l'irrespect. "Je reconnais que la publication [...] était totalement maladroite de ma part et que cela ait pu choquer. Je m'excuse pour celles et pour ceux qui ont pu se sentir heurtés", a-t-il déclaré.

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L'élu a admis regretter que ce cliché ait pu donner une impression de "légèreté déplacée." Cependant, l'incident a également ouvert la porte à des dérives inacceptables. Jean-Luc Romero-Michel a dénoncé un "déferlement de haine homophobe" et des attaques ciblant son défunt mari. Si les conséquences de la légèreté sur les camps de la mort en matière d'image sont réelles pour la municipalité, l'adjoint rappelle que sa "maladresse" ne saurait justifier la violence des menaces reçues en retour.

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