Le 31e rapport sur l’état du mal-logement, publié début février 2026 par la Fondation pour le logement des défavorisés (ex-Fondation Abbé Pierre), dresse un constat glaçant de la situation sociale en France. L’année 2025 y est qualifiée d’« année noire », marquée par une aggravation continue des difficultés d’accès au logement et une précarisation massive de pans entiers de la population. Selon l’association, la France s’enfonce dans une « spirale inquiétante » qui laisse chaque année davantage de ménages sans solution durable.
Une détresse résidentielle devenue structurelle
Les chiffres avancés dans le rapport donnent la mesure de la crise. La France compte désormais plus de 1,1 million de personnes sans logement personnel, un seuil inédit. Cette catégorie englobe des situations multiples : personnes vivant à la rue, hébergées en centres d’urgence, contraintes au squat ou dépendantes de l’hébergement chez des tiers. Autant de réalités invisibilisées, mais qui traduisent une insécurité résidentielle extrême.
Le sans-abrisme atteint, lui aussi, des niveaux records. Les estimations font état de 350 000 personnes sans domicile fixe, selon des données relayées notamment par Capital et La Provence. À cette population s’ajoutent près de 600 000 personnes en situation de « mal-logement contraint », hébergées chez des proches faute de pouvoir accéder à un logement autonome. La Fondation parle sans détour d’une « honte française », dénonçant un pays incapable de garantir un toit à une partie croissante de ses habitants.
Des expulsions en hausse et une pression sociale accrue
La crise du logement se nourrit aussi d’une dynamique d’exclusion de plus en plus brutale. L’année 2024 a été marquée par un record d’expulsions locatives, avec 24 500 ménages expulsés avec le concours de la force publique, soit une hausse de 29 % en un an. Derrière ces chiffres, des drames humains : familles avec enfants, personnes âgées, individus malades ou en situation de handicap se retrouvent sans solution immédiate.
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Le rapport souligne que ces expulsions ne sont plus marginales mais touchent désormais des profils autrefois relativement protégés. L’inflation, la hausse des loyers et des charges, conjuguées à la stagnation des revenus, ont fragilisé des ménages jusque-là insérés. Pour la Fondation, il s’agit d’un signal alarmant d’un basculement social profond.
Logement social : un système à bout de souffle
En parallèle, le logement social n’absorbe plus la demande. Le nombre de ménages en attente d’un logement HLM a franchi un seuil historique, avec plus de 2,8 millions de demandes en cours. Dans ce contexte de pénurie, seule une demande sur dix formulée en 2024 a reçu une réponse favorable, contre une sur six en 2017.
Cette saturation s’explique par une chute drastique de la production de logements sociaux, au plus bas depuis vingt ans selon le média Basta!. Les collectivités, confrontées à la hausse des coûts de construction et à la baisse des aides de l’État, peinent à lancer de nouveaux programmes. Résultat : l’attente s’allonge, les situations se figent, et les plus précaires restent durablement exclus du parc locatif classique.
Un désengagement de l’État vivement critiqué
La Fondation pointe clairement la responsabilité des pouvoirs publics. Le budget 2026 est jugé particulièrement préoccupant, avec la suppression de crédits indispensables au maintien de 203 000 places d’hébergement d’urgence. Une décision perçue comme un signal de renoncement face à l’ampleur de la crise.
Sur le plan macroéconomique, la tendance est tout aussi défavorable. La part de la richesse nationale consacrée aux politiques du logement est passée de 2,2 % du PIB en 2010 à 1,5 % en 2024, traduisant un désengagement progressif mais constant de l’État. Pour l’association, cette baisse des investissements explique largement l’explosion actuelle du mal-logement.
Les maires en première ligne avant 2026
À l’approche des élections municipales de mars 2026, la Fondation appelle à une mobilisation accrue des élus locaux. Elle rappelle que les communes disposent de leviers essentiels, notamment via le respect strict de la loi SRU et l’utilisation des Plans Locaux d’Urbanisme (PLU) pour favoriser la construction de logements sociaux.
« Le logement doit redevenir une priorité politique locale », martèle l’association, estimant que la crise actuelle ne pourra être résolue sans une volonté ferme et coordonnée entre l’État et les collectivités. À défaut, avertit-elle, le mal-logement risque de s’installer durablement comme une composante structurelle de la société française.