Directives anticipées : pourquoi les rédiger le plus tôt possible ?
C'est un sujet que l'on repousse souvent, par superstition ou par gêne. Pourtant, mettre de l'ordre dans ses volontés médicales est un acte de prévoyance essentiel pour soulager vos proches et garantir le respect de votre dignité en toutes circonstances. Si la démarche semble administrative, elle est avant tout humaine. On fait le point sur les raisons de ne pas différer cette réflexion.
N'attendez pas le grand âge pour fixer vos volontés
Le constat est sans appel, et pourtant inquiétant : selon une enquête de 2021 mené par le Centre National des Soins Palliatifs et de la Fin de Vie (CNSPFV) , à peine 18 % des Français de 50 ans et plus avaient rédigé ce document : les directives anticipées. Et la tendance serait encore à la baisse d'après Marie-France. Ce faible taux d'adoption expose les familles et les patients à des situations douloureuses.
Le danger principal de cet attentisme réside dans la perte brutale de discernement. Un accident vasculaire cérébral (AVC) ou l'évolution rapide d'une maladie neurodégénérative, comme Alzheimer, ne préviennent pas. Si ces événements surviennent alors que vous êtes en pleine possession de vos moyens, ils peuvent vous priver définitivement de votre capacité à exprimer vos souhaits. Il devient alors impossible de rédiger quoi que ce soit.
C'est pourquoi les experts insistent sur la nécessite de rédiger ses directives anticipées avant 70 ans. Ce seuil symbolique est stratégique : il permet d'assurer que votre parole ne sera pas remise en doute par l'équipe médicale sous prétexte d'une altération du jugement liée au grand âge au moment de l'écriture. Et comme le précise le ministère de la Santé, il n'y a pas d'âge "limite" pour cela : elles peuvent être noircies sur papier à partir de 18 ans jusqu'à c que vous vous sentiez prêt.
Que contiennent vraiment les directives anticipées ?
Depuis la loi Claeys-Leonetti du 2 février 2016, vos écrits ont changé de statut. Ils ne sont plus simplement consultatifs, mais opposables aux médecins. Cela signifie que le corps médical a l'obligation légale de les respecter pour toute décision de fin de vie. Le praticien ne peut passer outre que dans deux cas très précis : une urgence vitale (le temps d'évaluer la situation) ou si les directives apparaissent manifestement inappropriées, après une procédure collégiale.
Le document doit aborder des décisions cruciales. Vous devez d'abord préciser votre position sur le refus de réanimation directives anticipées ou l'arrêt des techniques de maintien artificiel en vie (ventilation, nutrition et hydratation artificielles). L'autre point majeur concerne la sédation profonde et continue dans les directives anticipées. Vous devez indiquer clairement si vous souhaitez être endormi jusqu'au décès pour éviter toute souffrance en cas d'impasse thérapeutique ou d'arrêt de traitement. C'est ici que se joue la notion d'opposabilité : plus vous êtes précis, mieux votre volonté sera respectée.
Le mode d'emploi pour une validité incontestable
Pas besoin de passer chez le notaire pour valider vos choix. Vous pouvez les rédiger sur papier libre ou utiliser un modèle gratuit de directives anticipées à imprimer, comme le formulaire officiel du ministère de la Santé. La règle d'or ? Le document doit être impérativement daté et signé par son auteur. Si vous êtes dans l'incapacité physique d'écrire, deux témoins doivent attester que le texte exprime bien votre volonté.
Ne confondez pas ce document avec la désignation d'une personne de confiance. Bien que cet acte soit complémentaire et essentiel, la personne de confiance porte votre voix, tandis que les directives portent votre volonté écrite.
Enfin, pour que ce papier ne dorme pas dans un tiroir introuvable le jour J, la méthode la plus sûre et recommandée est de les verser dans votre Dossier Médical Partagé (DMP). Elles seront ainsi immédiatement accessibles par les médecins, partout en France. Pensez également à en confier une copie à votre médecin traitant ainsi qu'à votre personne de confiance.
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