Combien de temps vit-on en bonne santé après 65 ans en France ?
C'est un constat en demi-teinte pour les futurs et actuels retraités. La Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques (Drees) a dévoilé, ce 22 janvier 2026, son baromètre annuel sur la qualité de vie liée à la santé. Si la France reste bonne élève à l'échelle européenne, la dynamique de progression marque le pas, mettant en lumière une inégalité persistante et méconnue entre les sexes face au vieillissement.
Des années de vie gagnées, mais un essoufflement notable
Les chiffres sont tombés et confirment une tendance de fond. En 2024, l'espérance de vie sans incapacité après 65 ans s'établit à 11,8 ans pour les femmes et 10,5 ans pour les hommes. Autrement dit, une fois passé le cap des 65 ans, vous pouvez espérer vivre une dizaine d'années sans être limité dans vos activités du quotidien. Depuis 2008, le gain est réel, avec une progression d'un an et neuf mois pour les deux sexes : + 5 %.
Cependant, cette mécanique vertueuse s'enraye. Depuis 2019, la progression de l'espérance de vie en bonne santé 2024 ralentit nettement : les femmes n'ont gagné que 4 mois de vie sans gêne, et les hommes à peine un mois. Surtout, l'écart entre les sexes se resserre de manière paradoxale. Alors que les femmes ont une espérance de vie totale supérieure de près de 4 ans à celle des hommes à 65 ans (23,6 ans contre 19,9 ans), cet avantage fond comme neige au soleil lorsqu'on regarde la santé réelle.
La Drees note en effet que : "L’espérance de vie sans incapacité à la naissance, qui tient compte de la survenue éventuelle d’incapacités tout au long de la vie, s’établit quant à elle à 64,1 ans pour les femmes et à 63,7 ans pour les hommes. L’écart entre les femmes et les hommes est ici bien plus réduit que l’écart d’espérance de vie."
Maladies chroniques contre maladies létales : le grand paradoxe
Comment expliquer qu'en vivant beaucoup plus longtemps, les femmes passent proportionnellement plus de temps avec des limitations physiques ou sensorielles ? Selon la Drees, les femmes sont "plus souvent touchées par des maladies chroniques peu létales mais invalidantes."
Il s'agit d'une véritable "double peine." Les femmes souffrent davantage de pathologies qui affectent la qualité de vie sans tuer immédiatement, comme les troubles musculo-squelettiques (arthrose, mal de dos) ou les troubles anxio-dépressifs. À l'inverse, les hommes sont historiquement plus exposés à des maladies graves et mortelles (cancers, accidents cardiovasculaires). En somme, la mortalité précoce des hommes réduit mécaniquement leur période de dépendance, tandis que les conséquences des maladies chroniques sur l'espérance de vie des femmes allongent une fin de vie souvent marquée par l'incapacité.
Préserver votre santé pour une retraite sereine
Face à cet écart et ses causes structurelles, la prévention devient un enjeu financier et personnel majeur. Si la France se classe toujours bien en Europe (3e rang de l'UE à 27 en 2023), il est impératif d'agir bien avant la retraite.
Pour les femmes, la priorité doit être mise sur la prévention des troubles articulaires et la santé mentale dès la vie active. Pour les hommes, la lutte contre les facteurs de risques cardiovasculaires (tabac, sédentarité) et le dépistage précoce restent les meilleurs leviers pour espérer rattraper ce retard et profiter pleinement de ces années de liberté.