Depuis son entrée en fonction à l’Elysée, les commentaires sont élogieux à l’égard d’Emmanuel Macron. L’historien politique Jean Garrigues nous explique pourquoi le nouveau président suscite de tels adjectifs.

En un peu plus d’un mois, Emmanuel Macron a su imposer son style. Un style empreint de gravité, de retenue, et de majesté. S’il y a un peu de Justin Trudeau en Emmanuel Macron, il y a aussi beaucoup de François Mitterrand.

Emmanuel Macron, "maître des horloges"

A la manière de son homologue canadien, Emmanuel Macron a la jeunesse pour lui, un physique avantageux, et le goût du modernisme. Mais de l’ancien président socialiste, l’actuel hôte de l’Elysée cultive une avarice communicationnelle qui n’est pas sans lien avec sa volonté d’apparaître en majesté à chacune de ses sorties. N’a-t-il pas dit qu’il voulait être "le maître des horloges" ?

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Ainsi, depuis son investiture, les épithètes affluent sur Emmanuel Macron, tout heureux de se voir qualifier dans la presse, tantôt de "Louis XIV", tantôt de "Jupiter". Il faut dire que le candidat Macron avait lui-même mis sur la table cette comparaison en indiquant en octobre dernier au magazine Challenges que la France a besoin d’un chef de l’Etat "jupitérien".

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Les Français ont un tropisme pour l’homme providentiel

Pour Jean Garrigues, spécialiste d’histoire politique, "ces comparaisons traduisent un tropisme des Français pour l’homme providentiel. Un fait récurrent de notre histoire politique, surtout quand la France va mal. Il y a au fond, chez les Français, la nostalgie d’une monarchie perdue." En juillet 2015, Emmanuel Macron lui-même ne disait pas mieux dans le magazine Le 1 Hebdo: "Dans la politique française, cet absent est la figure du roi, dont je pense fondamentalement que le peuple français n'a pas voulu la mort."

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"Nicolas Sarkozy avait déjà essayé de jouer là-dessus quand on le comparait à Bonaparte, rappelle l’historien. C’est la même chose pour Emmanuel Macron qui cultive comme son glorieux aîné, la jeunesse, l’énergie, et le fait d’être sorti de nulle part. Comme l’Empereur, il s'active d’ailleurs pour la constitution d’une nouvelle ‘caste’, faite d’élites et de nouvelles têtes, comme on peut le voir avec cette nouvelle Assemblée."

Emmanuel Macron, un monarque qui s’ignore ?

Pour l’historien, la comparaison avec Jupiter renvoie de manière opposée à la présidence de François Hollande, qui voulait être un "président normal". "Emmanuel Macron est revenu aux sources de la présidentialité codifiée par le général de Gaulle", estime le spécialiste d’histoire politique. Le président français n’est pas pour rien surnommé le "monarque républicain".

D’ailleurs, Emmanuel Macron a plusieurs fois envoyé des signaux royalistes avant même son élection. En mars dernier, devant des chasseurs, le candidat Macron s’était dit favorable à la réouverture des chasses présidentielles : "C’est quelque chose qui fascine partout, ça représente la culture française, c’est un point d’ancrage." Le même mois, alors ministre de l’Economie, il s'était rendu à Orléans pour honorer la figure de Jeanne d'Arc, qui "a su rassembler la France." "Elle était un rêve fou, elle s’impose comme une évidence", avait lancé l'ancien banquier dans un discours rempli d'allusions… à sa propre trajectoire politique.

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