Audiovisuel public : clash et soupçons de conflit d'intérêts, la commission explose
L'ambiance est électrique au Palais Bourbon. Alors que les auditions se poursuivent pour évaluer l'indépendance de l'information, la légitimité même de Jérémie Patrier-Leitus, président de la commission, est remise en cause. En ligne de mire : son passé d'administrateur chez Radio France, pointé du doigt par l'opposition. Une situation qui menace l'objectivité des futurs travaux.
Une séance suspendue dans la confusion
L'incident a éclaté ce 4 février 2026, provoquant une onde de choc au sein de l'hémicycle. Lors de l'audition d'anciens ministres de la Culture, le président Jérémie Patrier-Leitus a brutalement suspendu la séance suite à une altercation avec le rapporteur, Charles Alloncle. Comme le rapporte LCP, le ton est monté lorsque le rapporteur a mis en cause le groupe privé Mediawan, suggérant l'existence de "liens" entre le président de la commission et cette société.
La réaction ne s'est pas fait attendre. Jérémie Patrier-Leitus a immédiatement dénoncé des « accusations très graves » qu'il qualifie d'« absolument fausses », selon des propos relayés par Le Figaro. Cet événement marque un tournant : il illustre un climat de travail délétère. Le président lui-même a déploré un « triste spectacle », confirmant les difficultés chroniques de cette commission à mener des débats sereins.
Juge et partie ? Le CV du président en question
Au cœur de la tempête se trouve le profil atypique du député Horizons. Jérémie Patrier-Leitus affiche une proximité institutionnelle indéniable avec le secteur qu'il est censé contrôler. Il a exercé la fonction d'administrateur de Radio France de 2022 à 2024 et siège actuellement au conseil d'administration de France Médias Monde. Pour ses détracteurs, notamment l'opposition UDR à l'origine de la commission, ce parcours pose un problème de distance critique.
La situation apparait paradoxale pour une commission chargée de « rechercher l'existence de potentielles collusions et de conflits d'intérêts ». Face aux critiques, l'intéressé assume son expertise. Comme l'indique La Semaine, il revendique être « engagé sur ces sujets depuis plusieurs années ». Sa ligne de défense est claire : le rôle parlementaire n'est « pas un tribunal » et l'enquête doit se faire « sans se transformer en juge ».
Vers un rapport politique impossible ?
Cette guerre ouverte fait peser un risque majeur sur les conclusions attendues. La composition de la commission révèle une fracture idéologique. D'un côté, le rapporteur Charles Alloncle (UDR), issu du groupe ayant initié l'enquête, adopte une posture offensive, traquant les défaillances. De l'autre, le président (majorité) tente de protéger l'édifice, tout en admettant, à l'instar de la ministre Rachida Dati, la nécessité d'une « réforme structurelle » pour préserver l'audiovisuel public, note Libération.
L'affrontement risque de transformer le rapport final en un document politiquement clivé plutôt qu'en une analyse consensuelle. Sur le plan de l'éthique parlementaire, l'Assemblée nationale prévoit des garde-fous, comme la déclaration d'intérêts. L'influence d'un passé professionnel reste tolérée au nom de la compétence, à condition que le président se limite strictement à son rôle de garant des procédures. Reste à savoir si la sérénité pourra revenir pour respecter le cadre des auditions.