Meurtre de René Hadjadj à Lyon: 18 ans de prison pour Rachid Kheniche, le mobile antisémite écarté

Publié par Pierre-Antoine Martel
le 06/02/2026
hommage juif
Istock
La cour d'assises du Rhône a condamné ce jeudi Rachid Kheniche à 18 ans de réclusion criminelle pour le meurtre de René Hadjadj, sans retenir la circonstance aggravante d'antisémitisme.

Le verdict était attendu avec fébrilité par les parties civiles et la communauté juive. Après plusieurs jours de débats intenses à Lyon, la justice a tranché sur la responsabilité pénale de l'accusé, jugé pour avoir défenestré son voisin octogénaire en mai 2022. Une décision qui mêle sanction lourde et prise en compte psychiatrique.

Une peine de 18 ans de réclusion

La cour d'assises du Rhône a rendu sa décision ce jeudi 5 février 2026. Rachid Kheniche, âgé de 55 ans, a été reconnu coupable de meurtre et condamné à 18 ans de réclusion criminelle. Ce jugement vient clore le chapitre judiciaire ouvert après le drame survenu en mai 2022 dans le 8e arrondissement de Lyon. La victime, René Hadjadj, un homme de 89 ans de confession juive, avait trouvé la mort après avoir été précipité du 17e étage de son immeuble.

Lors de son réquisitoire, l'avocate générale avait demandé une sanction légèrement plus sévère, réclamant 20 ans de prison contre l'accusé. La cour a finalement opté pour une peine inférieure de deux ans aux réquisitions du ministère public, tout en confirmant la culpabilité de l'accusé sur le chef de meurtre.

Le caractère antisémite rejeté par la cour

C'était l'enjeu majeur de ce procès : la cour n'a pas retenu la qualification d'acte commis "en raison de la religion de la victime". Bien que ce mobile fût au cœur des attentes des parties civiles et des associations antiracistes, les jurés ont estimé que les éléments du dossier ne permettaient pas de caractériser l'antisémitisme comme circonstance aggravante dans le passage à l'acte.

Vous avez aimé cet article ?

En parallèle, la juridiction a validé l'altération du discernement de Rachid Kheniche. Les experts ont mis en lumière l'existence de troubles psychiques chez l'accusé, un facteur déterminant dans le calcul de la peine. Juridiquement, cette altération permet de maintenir la responsabilité pénale de l'auteur — contrairement à une abolition qui mène à l'irresponsabilité — tout en ouvrant la voie à une modulation de la sanction. La cour a ainsi établi un équilibre délicat entre la gravité des faits et la fragilité mentale avérée de l'auteur au moment du crime.

Un sentiment d'injustice et des recours possibles

La lecture du verdict a provoqué une onde de choc parmi les proches de la victime. L'écartement du mobile antisémite suscite un fort "sentiment d'injustice" et d'incompréhension du côté des familles, comme l'ont rapporté plusieurs observateurs présents à l'audience. Pour les parties civiles, la dimension haineuse du crime semblait évidente au regard du profil de la victime.

L'affaire pourrait ne pas s'arrêter là. Le Parquet ainsi que les avocats des parties civiles disposent de la possibilité d'interjeter appel de cette décision dans les prochains jours. Ce verdict relance par ailleurs le débat sur le traitement judiciaire de l'antisémitisme face à la psychiatrie. Il fait écho à de précédents dossiers médiatiques, tels que les affaires Sarah Halimi ou Mireille Knoll, où la difficulté de prouver le mobile aggravant dans un contexte de troubles psychiatriques avait déjà soulevé de vives polémiques.

Google News Voir les commentaires