Crans-Montana : les appels de détresse enregistrés dans la nuit du drame, "ils n'ont plus de peau, ils n'ont plus rien"
C'est une plongée effroyable au cœur de la catastrophe survenue la nuit du Nouvel An. Les enregistrements des appels aux secours des victimes ont été révélés par BFMTV. Ces documents sonores retranscrivent le chaos vécu par les victimes et la difficulté d'intervention des secours.
Une nuit d'effroi enregistrée minute par minute
Les éléments diffusés proviennent directement du standard de la Centrale 144, l'équivalent suisse du Samu. Ils documentent avec une précision chirurgicale le déroulement de la tragédie qui a frappé la station de ski valaisanne. Le bilan humain définitif fait état de 40 morts et 116 blessés.
La chronologie établie par ces enregistrements montre la rapidité de l'embrasement. Le premier appel parvient aux opérateurs à 1 h 29 du matin. S'ensuit une avalanche de communications : au total, 171 appels ont été traités par la centrale en l'espace d'une heure et demie, entre 1 h 30 et 3 heures du matin. Cette saturation des lignes témoigne de l'ampleur immédiate de la catastrophe au bar Le Constellation.
"Ils n'ont plus de peau, ils n'ont plus rien"
Les bandes audio révèlent l'urgence absolue des premières minutes. Aux alentours de 1 heure du matin, la confusion règne, mais la gravité de la situation ne fait aucun doute pour les témoins. En arrière-plan des conversations, des cris de panique sont audibles. Une personne implore : « J'aimerais que vous veniez, parce qu'il y a une urgence au Constellation », tandis qu'une autre hurle « Du feu ! Du feu ! Constellation, Crans-Montana… ». Une passante tente de rationaliser l'alerte auprès du régulateur : « Il y a eu une explosion au Constellation à Crans-Montana. Je suis assez inquiète (…) il faut envoyer police et ambulances. »
Très vite, les témoignages des victimes elles-mêmes parviennent au standard, décrivant des scènes insoutenables. La douleur et le choc sont palpables dans les voix. « Je suis brûlé, s'il vous plaît, aidez-moi… », souffle un rescapé. Un autre témoin livre une description cauchemardesque de l'état des victimes : « Les gens, ils meurent. Ils n'ont plus de peau, ils n'ont plus rien. » D'autres, ayant échappé de peu aux flammes, signalent la disparition de leurs proches restés à l'intérieur : « Je crois que mes amis sont morts dedans... Il y a plein de gens qui ont failli mourir madame, appelez une ambulance. »
Une "zone de guerre"
Les premiers secouristes arrivés sur les lieux comprennent instantanément qu'ils font face à un événement hors norme. Après un premier message radio évoquant « trois brûlés graves », le ton change radicalement. Le standard 144 informe un médecin urgentiste d'une « explosion » avec une estimation provisoire terrible : « quatre victimes décédées et une trentaine de blessés minimum ».
L'un des intervenants sur place n'hésite pas à qualifier le site du drame de « zone de guerre, je te le dis franchement ». Parallèlement à la gestion des blessés, les opérateurs doivent gérer l'angoisse des familles qui tentent d'obtenir des nouvelles. « Notre fille est impliquée, on n'a pas de nouvelles », s'inquiètent des parents. Impuissante face au chaos, la standardiste ne peut que répondre : « Je ne peux pas dire où est votre fille ou si elle y est ».
Ces enregistrements, désormais versés au dossier d'instruction, serviront à établir les responsabilités des quatre personnes poursuivies dans cette affaire.