Vaisselle ancienne : le danger insoupçonné de cette tendance sur votre santé

Publié par Matthieu Chauvin
le 07/01/2026
Vaisselle ancienne
Istock
La tendance du vintage cache parfois un risque sanitaire sérieux : 60 Millions de Consommateurs alerte sur la possible migration de métaux lourds toxiques depuis les émaux de la vaisselle ancienne vers vos aliments. Faut-il vraiment s'en inquiéter ?

Chiner de belles assiettes ou tasses en faïence dans les brocantes, vide-greniers ou sur Internet est devenu un passe-temps prisé, mais cette nostalgie pourrait coûter cher à votre santé. 60 Millions de Consommateurs lance une alerte concernant les services hérités de nos grands-mères, pointant du doigt une contamination invisible mais bien réelle. Si ces objets ont un charme indéniable, leur composition chimique, souvent ignorée, pose un véritable problème de santé publique lorsque ces plats retrouvent une place quotidienne sur nos tables.

Des pièces d'époque gorgées de métaux toxiques

L'enquête révèle que le danger provient essentiellement des techniques de fabrication utilisées par le passé, en particulier pour la faïence produite entre le début du XXe siècle et les années 1950. À cette époque, la toxicité de la vaisselle ancienne au plomb et au cadmium n'était pas la préoccupation majeure des artisans, qui cherchaient avant tout l'éclat et la couleur. Pour obtenir des teintes vives et une brillance durable à basse température, les émailleurs utilisaient massivement ces métaux lourds. Le cadmium, par exemple, était indispensable pour fixer les couleurs rouge et orangé, tandis que le plomb assurait le lissage de l'émail.

Selon les experts Éric Swanet et Joëlle Swanet, interrogés par le magazine, si toutes les pièces ne sont pas systématiquement nocives, "une bonne partie le sont ." Le risque est d'autant plus insidieux que le plomb est à l'origine du saturnisme, une intoxication grave, tandis que le cadmium est classé comme cancérogène et toxique pour la reproduction par l'Anses. Comment savoir si la vaisselle que vous possédez est dangereuse ? L'âge de la pièce et la présence de décors émaillés colorés sont déjà de premiers indices préoccupants.

L'acidité et la chaleur accélèrent la contamination

Le véritable piège réside dans le mécanisme chimique de la migration. Contrairement à une idée reçue, une assiette intacte n'est pas forcément sûre. Le danger survient lorsque les aliments entrent en contact avec l'émail, créant une réaction chimique invisible. Il est fortement déconseillé d'utiliser de la vaisselle ancienne avec des aliments acides comme la tomate, le vinaigre, les agrumes ou même le vin. Ces substances attaquent l'émail et facilitent le passage des métaux vers votre nourriture. La chaleur aggrave encore ce phénomène : un plat mijoté chaud servi dans une vieille terrine en faïence constitue le scénario le plus risqué.

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Les spécialistes sont formels : "Contrairement à d’autres métaux, le plomb ne s’épuise pas : tant que l’émail est présent, il peut migrer dans les aliments."  Cela signifie que le lavage répété ne « nettoie » pas le danger. Pire, le danger de manger dans des assiettes anciennes augmente si celles-ci sont ébréchées ou fissurées, car la barrière protectrice est rompue, exposant directement la matière poreuse. Les risques pour la santé ne doivent donc pas être sous-estimés, car ces substances s'accumulent dans l'organisme, notamment dans les reins et les os, sur le très long terme.

Réserver ces services à la décoration

Face à ces constats, la prudence impose de modifier nos usages. Les conseils de 60 Millions de Consommateurs sur la vaisselle vintage sont clairs : la règle d'or est de réserver ces pièces historiques à un usage strictement décoratif, en vitrine ou sur un buffet. Si vous tenez absolument à les utiliser, limitez-vous à des aliments secs, froids et non acides, comme du pain ou des fruits entiers non épluchés. Pour les repas quotidiens, il est préférable d'opter pour des matériaux inertes comme le verre ou la porcelaine moderne certifiée.

Il reste difficile pour le particulier de faire le tri entre porcelaine ou faïence ancienne et risque de plomb, car les tests vendus dans le commerce sont souvent peu fiables pour mesurer la migration réelle. Seule une analyse en laboratoire offrirait une certitude, mais son coût est dissuasif. La DGCCRF veille au grain et procède régulièrement à des rappels de produits non conformes, même récents, mais pour vos antiquités, le principe de précaution doit primer : admirez-les avec les yeux, pas avec la fourchette.

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