Pourquoi les œufs disparaissent des rayons de vos supermarchés?

Publié par Pierre-Antoine Martel
le 11/01/2026
oeuf magasin vide
Autre
Depuis le début de l’année, trouver des œufs en supermarché relève parfois du parcours du combattant. Intempéries, hausse de la demande et production fragilisée expliquent cette pénurie qui surprend les consommateurs.

Vous l’avez sans doute constaté en faisant vos courses ces dernières semaines : depuis le début de l’année, les rayons d’œufs de certains supermarchés ne ressemblent plus à ce qu’ils étaient. Parfois clairsemés, parfois presque vides, ils étonnent, voire inquiètent. Après tout, l’œuf est un basique du quotidien, simple, bon marché et indispensable dans de nombreuses recettes.

Une grande partie de la situation s’explique par une conjonction de facteurs exceptionnels qui frappent la filière. D’abord, la météo : des épisodes de froid, de neige et de verglas ont perturbé la circulation des poids lourds chargés de collecter et d’acheminer les œufs. Dans plusieurs régions, les camions sont restés bloqués pendant des jours, laissant des millions d’œufs non transportés et désorganisant la logistique des plateformes de distribution. Ce phénomène, certes temporaire, a un effet direct sur l’apparence des étals.

En parallèle, la grippe aviaire continue de fragiliser la production. Lorsqu’un foyer est détecté dans un élevage, des mesures sanitaires strictes imposent l’abattage préventif d’une grande partie des volailles : une perte immédiate de production qui pèse sur l’ensemble de la chaîne. Cette situation sanitaire récurrente a déjà réduit le cheptel de poules pondeuses ces dernières années, et complique toute reprise rapide de l’offre. Mais le phénomène va bien au-delà des seules difficultés logistiques et sanitaires : la consommation d’œufs explose en France depuis plusieurs années. Plus qu’un ingrédient de pâtisserie, l’œuf est devenu un produit de choix pour de nombreux ménages. Face à l’inflation alimentaire et à la hausse des prix de la viande ou du poisson, l’œuf se présente comme une protéine bon marché, riche en nutriments et facile à cuisiner : omelette, œuf dur, œuf au plat ou incorporé dans des plats plus élaborés. Résultat, la demande grimpe : plusieurs centaines de millions d’unités supplémentaires sont vendues chaque année, alors que la production nationale ne progresse pas au même rythme. La France, premier producteur d’œufs de l’Union européenne, ne parvient plus à absorber cette croissance par ses seules capacités locales ; une partie de l’approvisionnement dépend désormais d’importations – parfois d’autres pays européens – pour combler le déficit. Cette forte demande est aussi liée à l’évolution des habitudes alimentaires. Certains Français réduisent leur consommation de viande pour des raisons de santé ou d’environnement, et l’œuf, source de protéines peu coûteuse, entre parfaitement dans ce nouveau régime alimentaire. Autre effet collatéral : dans certains supermarchés, lorsqu’il n’y a plus qu’une poignée de boîtes, ce sont souvent les plus chers qui restent disponibles, laissant penser que seuls les œufs premium continuent d’être vendus

Sur le plan structurel, la filière avicole française fait face à des défis de long terme. Il faudrait des centaines de milliers de poules supplémentaires pour rééquilibrer offre et demande, mais l’ouverture de nouveaux élevages est freinée par des contraintes réglementaires et des oppositions locales classiques dans l’agriculture intensive. Cela ralentit la capacité de production à s’adapter rapidement à une demande qui ne cesse de croître.

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Pour l’instant, les professionnels assurent que la situation devrait se normaliser progressivement, notamment quand les conditions météorologiques s’amélioreront et que les flux logistiques redeviendront fluides. Mais cette pénurie apparente rappelle une vérité qui bouscule : même les produits les plus quotidiens et les plus accessibles ne sont plus à l’abri des aléas économiques, sanitaires et climatiques. Dans un marché tendu, une perturbation locale ou conjoncturelle – même temporaire – suffit à déséquilibrer l’offre et à faire vaciller nos habitudes alimentaires.

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