Gaza : Israël reconnaît pour la première fois le bilan de 70 000 morts avancé par le Hamas
Ce jeudi 29 janvier 2026 marque une séquence médiatique trouble dans le conflit qui oppose Israël au Hamas. Alors que les combats perdurent, la guerre des chiffres connaît un rebondissement inattendu. L'acceptation officieuse, même brève, des données palestiniennes par des cadres militaires israéliens relance le débat sur l'ampleur réelle de la catastrophe humanitaire dans l'enclave.
Une fuite interne immédiatement contestée
L'information a émergé ce jeudi : des officiels de l'armée israélienne (Tsahal) auraient accepté l’estimation fournie par le ministère de la Santé de Gaza. Ce dernier, bien que dirigé par le Hamas, fait état d'environ 70 000 Palestiniens tués depuis le début des hostilités. Cette reconnaissance israélienne des chiffres du Hamas, si elle était actée, viendrait corroborer le dernier décompte palestinien affichant précisément 71 667 morts (ou 70 100 avant le cessez-le-feu du 10 octobre selon d'autres sources).
Face à l'ampleur de la nouvelle, la réaction de l'institution militaire a été instantanée. L'armée a publié un démenti de Tsahal suite au bilan de Gaza, rejetant toute validation formelle. Le porte-parole de l'armée, Nadav Shoshani, a déclaré : « Les informations publiées ne reflètent pas les données officielles de l’armée israélienne », ajoutant que toute communication sur ce sujet passerait exclusivement par les « voies officielles et habituelles ».
L'enjeu de la répartition des victimes
Si le volume global des pertes est souvent jugé crédible, la discorde persiste sur l'identité des défunts. Les données du ministère gazoui ont été examinées par des chercheurs et l'ONU fait confiance au ministère de la Santé du Hamas en raison d'un « large consensus sur leur fiabilité » historique. Cependant, Tel-Aviv conteste radicalement la proportion de civils parmi les victimes.
L'armée israélienne affirme que sur ce total, environ 25 000 personnes étaient des membres du Hamas, soit près de 30 % des morts. À l'inverse, plusieurs médias, dont deux israéliens, rapportaient en août que 83 % des personnes tuées dans l'enclave étaient des civils. Pour justifier le nombre de civils et combattants tués à Gaza, Tsahal avance également un autre argument : jusqu'au début 2024, environ 13 % des roquettes tirées par le Hamas auraient manqué leur cible, causant la mort de nombreux résidents palestiniens.
Des statistiques en deçà de la réalité ?
Ce bilan humain à Gaza de 70 000 morts pourrait n'être que la partie émergée de l'iceberg. Ce chiffre exclut en effet les victimes collatérales décédées de faim ou de maladies aggravées par l'effondrement du système sanitaire, ainsi que les milliers de disparus ensevelis sous les décombres.
La question de la famine cristallise les tensions. Alors que des organisations internationales recensent environ 450 décès liés à la malnutrition (dont 151 enfants), l'armée israélienne rétorque que ces chiffres sont « erronés ». Tsahal soutient qu'aucune personne « en bonne santé » n'est morte de faim, attribuant ces décès à des pathologies préexistantes. Pourtant, dès janvier 2025, la revue médicale The Lancet alertait sur une sous-estimation massive, suggérant qu'il n'était « pas invraisemblable de compter à Gaza près de 186 000 morts, voire plus ».