Après l’agression d’une professeure, la lettre ferme du ministre aux parents

Publié par Pierre-Antoine Martel
le 17/02/2026
EDOUARD GEFFRAY
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Quelques jours après l’agression d’une professeure à Sanary-sur-Mer, le ministre de l’Éducation nationale a adressé une lettre solennelle aux parents d’élèves. Violence, harcèlement, respect des enseignants : un appel au « sursaut collectif » qui relance le débat sur l’autorité à l’école.

Agression d’une professeure : le ministre écrit aux parents, un ton grave et direct

L’attaque au couteau dont a été victime une enseignante à Sanary-sur-Mer a profondément marqué l’opinion. Hospitalisée en urgence, la professeure a finalement repris connaissance et pu quitter les soins intensifs, selon Le Figaro. Un soulagement, bien sûr. Mais aussi une onde de choc qui dépasse largement le Var. Car cet acte s’inscrit dans une série d’agressions qui inquiètent de plus en plus la communauté éducative… et les familles.

C’est dans ce contexte que le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, a décidé d’écrire directement aux parents d’élèves. Une lettre datée du 12 février 2026, envoyée depuis le ministère, rue de Grenelle, pour alerter et appeler à une mobilisation générale . Le ton est solennel, presque grave. Le ministre évoque des « agressions particulièrement violentes » et parle d’une « banalisation de la violence ». Il rappelle aussi un chiffre frappant : en moyenne, plus d’un enfant par classe serait victime de harcèlement.

« Un enfant n’a pas à avoir de couteau dans sa poche »

Le courrier rend d’abord hommage aux enseignants et à l’ensemble des personnels de l’Éducation nationale. Professeurs, chefs d’établissement, infirmiers, accompagnants d’élèves en situation de handicap : tous sont décrits comme engagés dans une mission essentielle, celle d’instruire et de protéger. L’École, insiste le ministre, n’est pas un service comme un autre. Elle est au cœur du pacte républicain.

Mais le message est aussi très ferme. Une phrase, en particulier, retient l’attention : « Un enfant ou un jeune n’a pas à avoir de couteau dans sa poche » . Difficile de ne pas y voir un écho direct à l’agression de Sanary-sur-Mer. Le ministre rappelle que le respect des professeurs n’est pas une option. Il découle de la loi et des règles de la vie en société. « À l’École, on écoute les adultes, on les respecte », écrit-il encore.

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Pour beaucoup de lecteurs,  attachés à l’autorité et à la transmission, ces mots font écho à une certaine idée de l’école : un lieu d’apprentissage, mais aussi de discipline et de respect mutuel.

Un appel appuyé aux familles

Au-delà du constat, la lettre est un appel. « L’École fait beaucoup, mais elle ne peut pas tout », souligne le ministre . Il demande aux parents de parler régulièrement avec leurs enfants, de rappeler les règles, de signaler tout fait de harcèlement ou de violence. Chacun, écrit-il, détient « une petite partie de la solution ».

Ce passage est central. Le ministère reconnaît que la lutte contre la violence ne peut pas reposer uniquement sur les équipes éducatives. Elle suppose un engagement des familles. Le courrier invite même les parents à « affirmer dans le cercle familial l’autorité de l’École » . Autrement dit : soutenir les enseignants, y compris lorsqu’ils sanctionnent ou recadrent.

Une inquiétude plus large sur l’état de l’école

Derrière cette lettre, c’est une inquiétude plus profonde qui transparaît. Celle d’une école fragilisée par des comportements violents, par le harcèlement, par la remise en cause de l’autorité. L’agression de Sanary-sur-Mer agit comme un électrochoc. Même si l’enseignante est aujourd’hui hors de danger, la question demeure : comment garantir que l’école reste un lieu sûr ?

En écrivant aux parents, le ministre cherche à provoquer un « sursaut collectif ». Reste à savoir si cet appel sera entendu. Une chose est sûre : au-delà de l’émotion, c’est toute la société qui est interpellée. Car protéger l’école, ce n’est pas seulement protéger des bâtiments ou des personnels. C’est défendre une certaine idée de la République et de la transmission entre générations.

Extrait de la lettre aux parents : 

L’École repose sur un ensemble de principes et de valeurs qui ne sont ni amendables, ni négociables. Elle assure un service public d’éducation de qualité, et permet à tous les enfants de France d’accéder au savoir. Elle constitue une chance immense. Ce n’est pas le fruit du hasard. C’est le fruit d’une volonté,
née avec la République : celle de faire de l’École le berceau de notre destin commun. 

Nous devons une grande partie de ce que nous sommes à nos professeurs, et nous leur devons le devenir de nos enfants. Ils sont notre fierté et notre espoir. Nous sommes redevables envers les professeurs et tous
les personnels. En un mot, nous sommes redevables à l’institution. Nous nous mobilisons chaque jour pour faire réussir vos enfants, mais nous ne pouvons y parvenir sans vous. 

Face au fléau de la violence et du harcèlement, nous avons aussi besoin de votre implication personnelle en tant que parent. Cette mobilisation doit porter sur tout le spectre de la violence : nous ne pouvons admettre ni la banalisation de l’insulte, ni, plus grave encore, les violences physiques ou le port d’armes blanches. Un enfant ou un jeune n’a pas à avoir de couteau dans sa poche. 

Il n’a pas à agresser verbalement ou physiquement ses professeurs ou les personnels de l’éducation nationale. Il n’a pas à être violent, tout simplement. Il en va de même de ses parents. Ces exigences ne relèvent pas seulement du bon sens : elles découlent de la loi, qui garantit le respect dû aux personnels chargés d’une mission de service public d’éducation et impose à chacun d’en accepter les règles. 

À l’École, on écoute les adultes, on les respecte et on s’instruit grâce à eux. On accepte leurs conseils, remarques et évaluations. On débat, on réfléchit
et on progresse au contact d’idées qui ne sont pas forcément les siennes. De la même façon, on respecte ses camarades, on admet leur diversité. On devient autonome et on apprend à vivre en société.
 

Nous savons tous que les comportements violents de certains jeunes ont des causes multiples. Il n’y a pas de solution unique : nous détenons tous une petite partie de la solution pour les éviter et protéger nos enfants.
Nous avons donc besoin de vous. Besoin que vous parliez, dans les prochains jours et régulièrement, tout au long de l’année, avec vos enfants, pour leur rappeler et leur faire respecter ces règles élémentaires. 

Besoin de votre vigilance pour nous signaler tout fait de harcèlement ou de violence dont ils seraient victimes ou témoins, afin que nous puissions intervenir au plus vite, protéger les élèves victimes et sanctionner les auteurs. Besoin que, par votre exemple et le respect que vous portez vous-mêmes aux professeurs et à l’institution, vous leur appreniez à voir dans l’École et dans ses personnels une chance unique. 

Besoin, simplement, que vous affirmiez dans le cercle familial l’autorité de l’École et de ses personnels, tout comme le respect dû à chaque élève.

 
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